Transcription du 1er épisode de PayPod : La facture des entreprises canadiennes, avec Lauren Fleming et Jan Pilbauer

Dans le tout premier épisode, Justin Ferrabee reçoit Lauren Fleming, conseillère en services financiers, chez Ernst & Young LLP, et Jan Pilbauer, directeur général de la modernisation et DPI de Paiements Canada, pour parler des travaux de recherche qui, entre autres, chiffrent le coût du traitement des paiements pour les entreprises. Le manque d’efficacité, qui s’étend des difficultés des paiements transfrontaliers au rapprochement des paiements aux factures, coûte aux entreprises canadiennes entre 3 et 6,5 milliards de dollars par année. Le trio discute de la nouvelle vague d’options de paiement très efficaces pour les entreprises canadiennes qui découlera de la modernisation des paiements et qui contribuera à la diminution des frais d’exploitation et à l’augmentation des bénéfices au fil du temps. Cliquez ici pour écouter le 1er épisode de PayPod.

Invités

  • Lauren Fleming, conseillère en services financiers, Ernst & Young LLP (EY Canada)
  • Jan Pilbauer, directeur général de la modernisation et DPI de Paiements Canada

Transcription

Justin Ferrabee: Depuis plus de 20 ans, on nous promet un bureau sans papier, une société sans argent comptant. Malgré toute la technologie qui nous entoure, j’ai encore des piles de papier et de l’argent dans les poches. Nous avons des téléphones intelligents et des montres. Il y a les chaînes de blocs, l’apprentissage machine par intelligence artificielle et l’informatique quantique. Aujourd’hui, on entend dire que les paiements sans friction arrivent au Canada. C’est un projet ambitieux, et je suis peut-être un peu sceptique. C’est pourquoi on va consacrer une partie de cet épisode de PayPod à explorer l’idée d’une société où les paiements se font sans friction.

Bonjour, je m’appelle Justin Ferrabee. Je suis le chef de l’exploitation de Paiements Canada et l’animateur du balado PayPod. C’est une série de plusieurs épisodes sur tout ce qui touche l’ambitieuse mission de modernisation des paiements au Canada, et en particulier sur les aspects les plus pertinents pour le milieu des affaires. Bien que PayPod porte surtout sur les relations entre les entreprises, on discutera d’une foule d’applications qui sauront piquer la curiosité de tout consommateur. Pourquoi? Parce que les paiements pratiquement instantanés, réellement sans friction et plus sûrs que jamais sont à notre portée.

Je suis accompagné aujourd’hui par Jan Pilbauer, dirigeant principal de l’information, chef et directeur général de la modernisation de Paiements Canada, qui est aussi l’un de mes collègues. C’est un plaisir de vous accueillir au balado PayPod.

Jan Pilbauer: Merci de me recevoir. Vous savez, j’adore parler de mon sujet favori, les paiements. Imaginons qu’à l’avenir, au lieu de prendre des jours, le rapprochement des paiements se fera en quelques minutes. C’est très prometteur, pas juste pour les entreprises, mais aussi pour tous les Canadiens comme consommateurs, parce que notre expérience des paiements est appelée à changer.

Justin Ferrabee: D’ailleurs, dans environ 10 minutes, nous allons parler avec notre invitée en vedette à l’épisode, Lauren Fleming, conseillère en services financiers chez Ernst & Young. EY vient de réaliser une étude pour Paiements Canada qui a entre autres permis de calculer que le rapprochement manuel des paiements aux factures coûte des milliards de dollars par année aux petites, moyennes et grandes entreprises.

Bon, nous allons d’abord ratisser large, puis entrer de plus en plus dans le détail au fil de la série. Commençons par définir ce qu’est l’écosystème des paiements et expliquer pourquoi il faut le moderniser.

Donc, comme nous en avons parlé, vous êtes au fait de l’élimination des frictions, et aussi de la promesse ou de la récompense qui va couronner votre travail. Pourriez-vous nous brosser un portrait de la situation avant et après la transformation, par exemple sur le fonctionnement actuel et le fonctionnement attendu quand vous aurez terminé votre travail?

Jan Pilbauer: Bien sûr. J’ai parlé des irritants, qu’on peut appeler des frictions. D’ailleurs, en matière de paiements, de nos jours, il y a beaucoup de frictions, même si on ne la perçoit pas toujours. Par exemple, des détails, comme le caissier qui doit demander si on va payer par carte de débit ou de crédit avant qu’on n’utilise notre carte.

Le système devrait reconnaître les types de cartes, sans que ça change quoi que ce soit. Pourtant, les entreprises ont du mal à faire le rapprochement des paiements des clients parce que les données ne suivent pas les paiements. Si un client décide de payer deux factures en un seul paiement, bonne chance! Vous devrez retracer le tout, et ça prend du temps.

Tout ça, c’est de la friction, et même si on ne la perçoit plus toujours, quand on va introduire tous les systèmes modernisés, elle va disparaître en grande partie. Donc les paiements seront des données rapides, et idéalement, le processus va disparaître, parce que personne ne paie pour le plaisir de payer.

Ce qu’on tente de faire, c’est de conclure une opération commerciale, ou de faire une activité dans sa vie, pas de vivre une expérience de paiement, c’est ce que j’appelle les paiements sans friction : payer sans s’en rendre compte.

Justin Ferrabee: Est-ce comme les voitures autonomes? Je n’ai plus les mains sur le volant. Est-ce que ce sera sécuritaire? Je n’ai plus à saisir mon NIP. Et si quelqu’un prend ma carte? Ou que quelqu’un vole mon argent pendant que je me promène?

Jan Pilbauer: La sécurité et la fiabilité sont les principes directeurs de notre parcours... Il faut toujours travailler fort pour suivre le rythme des changements du secteur qui touchent la sécurité. La société évolue et il y a des cybermenaces partout. C’est pourquoi la modernisation consiste en partie à consolider et à protéger notre façon de payer. On s’attend donc à ce que le seuil de sécurité continue de s’élever pour que les clients demeurent protégés.

Justin Ferrabee: Il y a aussi des choses à éliminer; par exemple, quand quelqu’un me donne un chèque, je dois aller le déposer à la banque, qui gèle les fonds pendant cinq jours. Je dois alors gérer mes liquidités en tenant compte de tout ça. Est-ce qu’on va éliminer toutes ces lourdeurs?

Jan Pilbauer: D’accord, les chèques, ce n’est pas le mode de paiement le plus efficace. Cela dit, à l’heure actuelle, nous n’avons pas toujours de solution idéale dans certains cas. J’ai déjà mentionné que les paiements ne sont pas accompagnés de données. Donc, pour certaines utilisations, et surtout pour des utilisations commerciales, ça demeure beaucoup plus simple de faire un chèque, d’y inscrire ce qu’il paie et de l’agrafer à des renseignements ou à une facture.

C’est dans ce contexte qu’on entreprend un chantier de modernisation. Nous suivons la norme ISO 20022, qui veille grosso modo à ce que les paiements soient accompagnés de données pour créer une importante solution de rechange aux chèques. Ainsi, grâce aux paiements électroniques, on viendra à bout d’une autre friction en privilégiant un traitement électronique de bout en bout au lieu de gérer des papiers ou même de prendre des photos de papiers. Toutes ces choses que la société a acceptées encore et encore vont disparaître et céder leur place à de meilleures options.

Justin Ferrabee: Ça me semble tout à fait raisonnable. Pourquoi n’en est-on pas encore là?

Jan Pilbauer: C’est un chantier de longue haleine. Les paiements existent depuis très longtemps et, comme on ne part pas à zéro, il faut tenir compte du contexte à faire évoluer. Un autre aspect non négligeable, c’est que même si une grande partie de la société passe au numérique et maîtrise de mieux en mieux la technologie, on ne peut pas bloquer l’accès d’un concitoyen aux services financiers.

Il y a encore des Canadiens qui maîtrisent mal la technologie et qui préfèrent continuer d’utiliser ce qu’ils connaissent depuis longtemps, comme les chèques et d’autres modes de paiement. Il faut donc agir avec vigilance pour inclure tout le monde et bonifier les options de sorte que chacun pourra choisir des instruments selon ses visées et son aisance.

Justin Ferrabee: On voit que vous savez où on s’en va. C’est le bien commun des entreprises et des particuliers qui prime pour la société canadienne. Faites-vous cavalier seul? Y a-t-il un petit groupe de gens qui tentent de changer le système, ou le système est-il prêt à être changé? Le moment est-il bien choisi, ou alors vous ne faites qu’entamer un processus, dans l’espoir qu’il fonctionne?

Jan Pilbauer: Paiements Canada a lancé le processus il y a quelques années, à l’époque où c’était vraiment quelques personnes qui avaient une vision et qui savaient ce qu’elles voulaient faire. On agit comme organisation d’intérêt public et non à but lucratif pour donner ce qu’il y a de mieux au Canada et à sa population. Certes, nous étions un petit groupe de gens au départ, mais nous avons entrepris un périple, défini une vision et parlé aux utilisateurs des paiements de leurs attentes pour les prochaines années. C’est devenu de plus en plus gros, et il y avait beaucoup d’enthousiasme, non seulement de la part des fournisseurs de services de traitement des paiements et des passionnés, mais aussi des gouvernements, de grandes institutions financières et d’acteurs du milieu de la technologie financière.

Je crois donc qu’en fait, c’est maintenant un vaste mouvement. On estime qu’on entame la phase de l’exécution et qu’il y aura des milliers de gens de l’écosystème financier qui participeront à la modernisation. Aujourd’hui, je ne suis sans aucun doute pas seul, bien qu’au départ, ce n’était qu’une vision de Paiements Canada. Elle continue néanmoins à guider notre démarche et à nous servir de point d’ancrage.

Justin Ferrabee: En gros, vous avez eu une vision, qui a rassemblé des gens et donné lieu à une idée que vous concrétisez. C’est maintenant l’heure de s’investir, et des organisations soutiennent votre démarche. Craignez-vous un échec? Avez-vous des inquiétudes? Ou avons-nous passé le moment charnière où tout s’installe et que ce n’est plus qu’une question de temps?

Jan Pilbauer: C’est un grand programme qui prendra de nombreuses années. Nous l’avons sciemment structuré de sorte à pouvoir lancer quelque chose sur le marché chaque année parce qu’il n’y a rien de pire que d’avoir une vision, mais de faire patienter les gens quatre ans avant qu’elle se matérialise et donne des résultats concrets. Cette année, vous verrez donc quelques nouveautés concrètes sur le marché. Pour ce qui est des paiements par lots, nous avons un système de paiements qui traite les paies et les paiements de facture, mais qui ferme à 16 h 30 (heure de l’Est) de nos jours. Ce n’est pas très pratique pour les gens de l’Ouest canadien. En septembre ou en octobre, l’horaire va changer. Nous introduirons une nouvelle période d’échange à 21 h (heure de l’Est), ce qui représente une grande amélioration. Et aussi, pour les paiements par lots, des gens m’ont dit que ça peut leur prendre des jours avant d’obtenir leurs fonds et pour les rapprocher. En octobre, nous allons y mettre fin en exigeant des récepteurs des directives de paiement qu’ils rendent les fonds disponibles pour l’utilisateur final, le bénéficiaire, dans les deux heures.

Toutes ces mesures et quelques améliorations relatives à la sécurité et à la fiabilité se concrétisent cette année. L’an prochain, nous introduirons les paiements en temps réel, qui permettront diverses utilisations puisque ce sera notre plateforme pour innover. L’année suivante, on prévoit mettre en place un nouveau système de paiements de grande valeur parce qu’il faut tout régler dans un système sûr et fiable. Pour l’instant, nous utilisons le Système de transfert de paiements de grande valeur, qui sera remplacé par un nouveau système appelé [Lynx 0 h 10 min 15 s] l’année suivante.

Donc, chaque année, il y aura quelque chose de nouveau et, si on se fie à notre expérience des changements apportés cette année, on a sans aucun doute déjà traversé le moment charnière. On a amassé le financement nécessaire et obtenu des investissements pour les intervenants qui doivent changer de système, et je vois que les activités vont bon train. J’ai très bon espoir que les gens commenceront à voir des changements sur le marché sous peu.

Justin Ferrabee: Alors l’idée, c’est en quelque sorte que si on crée un espace, les gens vont s’y réunir?

Jan Pilbauer: Oui, si on crée un espace, les gens vont s’y réunir. On ne sait pas encore qui au juste, mais ce sera très attrayant pour quelques-uns des nouveaux acteurs qui n’arrivent pas encore à profiter de notre infrastructure actuelle.

Interlocuteur 3: Nous vous rappelons que vous écoutez le balado PayPod de Paiements Canada, que vous pouvez télécharger sur iTunes et SoundCloud, et les épisodes sont archivés sur le site paiements.ca. Tant qu’à y être, pensez à vous inscrire au prochain SOMMET de Paiements Canada, du 9 au 11 mai au Centre Beanfield à Toronto. On y brossera le tableau le plus complet qui soit de la modernisation des paiements, des technologies de paiement et de la technologie financière au Canada et dans le monde. Revenons maintenant au balado.


Justin Ferrabee: Bienvenue encore à PayPod. Je m’appelle Justin Ferrabee et je suis votre animateur. Je reçois Jan Pilbauer de Paiements Canada. On explore la refonte de l’infrastructure des paiements au Canada et son grand rôle dans l’élimination des frictions des paiements pour les entreprises et les consommateurs. Un volet essentiel des démarches à suivre sera d’aider les entreprises et les gouvernements à mieux saisir les grands avantages qui en découleront entre autres pour leur fonctionnement et leur service à la clientèle. Lauren Fleming d’EY vient de mener une étude pour Paiements Canada sur l’incidence de la modernisation sur les comptes et les services de trésorerie. D’après les travaux d’EY, une bonne part des trois à six milliards de dollars consacrés chaque année au rapprochement des comptes débiteurs et créditeurs pourrait être éliminée. La modernisation entraînera aussi une nouvelle vague d’innovation dans les produits et services des entreprises de technologie de paiement et de technologie financière. Bienvenue, Lauren.

Lauren Fleming: Merci de me recevoir. Je suis ravie de venir parler du rapport.

Justin Ferrabee: Merci de vous joindre à nous. Jan, pourriez-vous nous parler de la motivation première de l’étude?

Jan Pilbauer: La modernisation des paiements nécessitera de grands investissements dans tout l’écosystème des paiements. Nous voulions comprendre et mieux chiffrer quelques-unes des frictions actuelles du système pour mieux établir l’analyse de rentabilité. D’ailleurs, EY a fait un excellent travail d’analyse et d’appréhension des irritants et du montant qu’on paie réellement pour traiter les paiements dans le pays.

Justin Ferrabee: Lauren, vous avez porté un regard critique sur la question. Vous êtes indépendante. Vous avez mené une étude et des analyses avec rigueur. Qu’avez-vous découvert?

Lauren Fleming: C’était très intéressant pour EY, je crois, car pour mener notre enquête, nous avons parlé à de petites, moyennes et grandes organisations de divers secteurs et de diverses régions du pays. C’était fascinant d’observer que, malgré leurs différences, elles faisaient pourtant face aux mêmes défis dans le traitement des paiements. Parmi les grandes difficultés qui nous ont été présentées, il y avait surtout la lenteur actuelle du transfert des paiements ainsi que la quantité insuffisante de renseignements qui accompagnent les paiements.

Ces deux obstacles majeurs se manifestent dans une série de problèmes vécus par les entreprises de nos jours. Je vais vous en présenter aujourd’hui quelques-uns que nous avons exposés dans notre rapport, le principal étant toutes les tâches manuelles que les organisations doivent exécuter et qui exigent l’embauche d’ETP supplémentaires.

Les gens doivent donc passer plusieurs heures de leur journée dans les services de comptabilité à rapprocher des factures et les paiements correspondants, parce que l’information requise pour les traiter, ou l’automatiser, n’est pas disponible à l’heure actuelle. C’est donc l’une de nos principales constatations, pour l’ensemble des organisations que nous avons consultées.

Ensuite, il y a les difficultés des paiements transfrontaliers qui ont été soulevées à répétition, surtout par les grandes organisations qui sont en activité dans plusieurs pays, qui ont du mal à transférer des paiements efficacement d’un système à l’autre.

Justin Ferrabee: Les chiffres sont plutôt élevés. Croyez-vous que vos estimations des coûts sont prudentes ou optimistes?

Lauren Fleming: Bien, nous avons privilégié la prudence pour nous assurer de fournir des données réalistes afin que le marché saisisse bien l’ampleur des débouchés de la modernisation. Alors oui, c’est un gros chiffre. Parfois, ça peut sembler déconcertant de dire que c’est environ de trois à six milliards de dollars, mais nous croyons que c’est une estimation assez juste et modérée.

Justin Ferrabee: Croyez-vous qu’il sera coûteux ou raisonnable d’en tirer les bénéfices, ou qu’ils viendront de l’infrastructure actuelle? À quel point est-ce difficile de s’attaquer aux inefficacités?

Lauren Fleming: Je crois que ça varie beaucoup d’une organisation à l’autre. Encore une fois, elles ne sont pas toutes aussi complexes. Les entreprises canadiennes ne partent pas toutes du même endroit, quand on regarde les infrastructures existantes sur lesquelles elles vont s’appuyer pour profiter des avantages. Certaines entreprises devront donc investir plus que d’autres pour profiter pleinement des avantages. Cela dit, nous croyons que les bénéfices justifient sans doute l’investissement nécessaire pour profiter d’une infrastructure modernisée.

Justin Ferrabee: Est-ce vrai pour la petite entreprise comme pour la grande? Ou l’une est-elle avantagée par rapport à l’autre?

Lauren Fleming: Bonne question. Pour les petites entreprises, les décisions d’investissement seront évidemment un peu plus importantes par rapport à la taille de leurs activités et aux bénéfices qu’elles risquent d’en tirer. S’il peut être un peu plus facile pour les grandes organisations de justifier l’investissement, les petites organisations, elles, peuvent se montrer plus agiles et s’adapter plus vite aux changements et aux nouvelles technologies. Ainsi, les grandes sociétés qui ont d’anciennes technologies déjà très bien implantées dans les processus auront plus d’efforts à déployer que les petites et moyennes entreprises.

Justin Ferrabee: Plus tôt dans l’épisode, Jan nous parlait de quelques innovations dont les entreprises pourraient profiter dans le contexte. Que voyez-vous comme innovations potentielles qui pourraient découler de la modernisation, d’après votre rigoureuse analyse?

Lauren Fleming: En effet. Je crois que le véritable avantage de la modernisation en matière d’innovation, c’est qu’elle est facilitée par la collaboration accrue. Ainsi, grâce à un environnement, ou un écosystème, plus flexible, de nouveaux acteurs et de nouveaux arrivants parviendront à percer le marché et à fournir aux organisations et aux consommateurs de nouvelles solutions qui atténueront la friction dont vous parliez tous les deux plus tôt. Ce sera une occasion en or de le faire.

Il y aura beaucoup plus de données disponibles, comme on le disait, qui seront transférées en même temps que les paiements. Il sera donc possible de faire des analyses approfondies des données, ce qui devrait sans aucun doute donner lieu à tout un éventail de débouchés novateurs qu’on ignore encore.

Justin Ferrabee: C’est intéressant! Il n’y aurait donc pas que les économies associées au processus même, mais on va faire de nouvelles observations et ajouter de la valeur à la prise de décisions, ce qui aura d’autres avantages pour les affaires. Ça ne se limite donc pas juste au processus alors?

Lauren Fleming: Non, pas du tout. Je suis persuadée que nous allons découvrir de nouvelles solutions, de nouvelles façons d’améliorer les processus internes pour simplifier l’expérience de l’utilisateur final ou du client. Il en ressortira peut-être même de nouvelles solutions d’affaires auxquelles nous n’avons pas encore pensé.

Justin Ferrabee: Vous avez glissé un mot sur les avantages dans l’arrière-guichet, qui pourrait entraîner des améliorations pour les clients. Par exemple, si une grande société décidait d’opter pour des systèmes modernisés, de faire des investissements et d’apporter les changements nécessaires et qu’elle commençait alors à en bénéficier dans son arrière-guichet, quels seraient alors les avantages pour ses clients? Comment les changements se répercutent-ils de l’arrière-guichet au guichet et à la clientèle? Pourriez-vous l’illustrer par un exemple?

Lauren Fleming: Oui, je crois que ce serait intéressant de faire le parallèle ici avec votre conversation avec Jan plus tôt sur ceux qui paient la friction. Donc, si les organisations parviennent à éliminer une partie des coûts non négligeables de leurs infrastructures actuelles, les économies pourraient alors être refilées aux clients, dans le sens où ils n’auront plus à payer pour la friction.

Justin Ferrabee: Lauren, vous avez côtoyé pas mal les gens des grandes entreprises dernièrement. Quel est leur point de vue? Nous sommes des connaisseurs, nous voyons toutes sortes de points de vue et, à la longue, nous en sommes submergés. Comme personne externe qui parle aux utilisateurs du marché, comment diriez-vous qu’ils perçoivent les travaux de modernisation?

Lauren Fleming: À vrai dire, je pense qu’ils sont emballés. Que les organisations vivent beaucoup de frustrations en ce moment en raison de la friction et qu’elles ne savent pas quelle est la solution parce qu’elles n’arrivent pas à faire les changements nécessaires ou à mettre en place les solutions voulues, à cause de l’architecture de l’infrastructure en place.

Justin Ferrabee: Lauren, vous avez parlé des sociétés, des grandes sociétés, des avantages pour elles et de l’innovation qu’on y verra. D’ailleurs, elles ont certainement plus de ressources financières pour aller chercher les avantages. Nous avons aussi parlé des petites entreprises et de ce qu’elles ont à gagner dans tout ça, même si les petites entreprises varient d’une à l’autre. Il peut s’agir d’un dépanneur du coin comme d’une PME ayant des centaines d’employés. Les retombées, tout comme les coûts, ne seront alors pas les mêmes. Dans bien des cas, les plus petits seront laissés pour compte. Comment feront-elles les investissements ou trouveront-elles les ressources afin de tenter d’économiser un peu sur les paiements?

Lauren Fleming: Vous me posez une excellente question. C’est important de faire la distinction entre les investissements et les avantages des grandes sociétés et ceux des petites et des moyennes entreprises au Canada parce que leur situation sera très différente. Pour les PME, les investissements à faire pourraient paraître irréalistes. Cependant, on s’attend à ce que d’autres organisations et fournisseurs de service percent le marché et créent leur propre solution, qu’ils n’auront qu’à intégrer à leurs propres activités au lieu de devoir investir pour créer de nouvelles infrastructures internes.

Justin Ferrabee: C’est intéressant. Vous suggérez donc que l’innovation ne viendrait pas des petites entreprises, mais plutôt de leurs fournisseurs?

Lauren Fleming: Tout à fait.

Justin Ferrabee: Comme Square, qui va leur créer des solutions simples dont elles pourront profiter sans faire de grands investissements.

Lauren Fleming: C’est exact, et ce ne serait qu’un simple ajout à intégrer aux activités courantes.

Justin Ferrabee: Avez-vous bon espoir que le marché répondra à ces besoins? Que le marché est assez dynamique pour trouver des solutions?

Lauren Fleming: Oui, et je crois que le marché est très réceptif. On a vu d’autres exemples de solutions semblables conçues pour les petites entreprises. Si on prend Quicken, par exemple, on peut offrir des solutions complémentaires aux organisations, qu’elles peuvent se procurer et intégrer à leur infrastructure actuelle, pour rendre leurs activités plus efficientes, entre autres.

Justin Ferrabee: Merci à vous deux. Ça a été une discussion très intéressante, assez stimulante et bien remplie. Comme nous nous apprêtons tranquillement à conclure, jetons un coup d’œil aux grandes sociétés canadiennes, puis nous parlerons des petites entreprises. Alors, quel message aimeriez-vous leur transmettre? Que doivent-elles faire? À quoi doivent-elles réfléchir ou que doivent-elles savoir en ce moment, en mars 2018, à l’aube de la modernisation?

Jan Pilbauer: Penser aux paiements. Je ne le dirais jamais assez : il faut se soucier du traitement de ses paiements, comprendre ce qui est inefficace et ce qu’on peut améliorer et apprendre. Renseignez-vous sur ce qu’on met sur le marché, parlez-nous, parlez à votre banque et aux fournisseurs parce qu’on tient l’écosystème au fait des changements et que vous pourriez y trouver des occasions en or comme grande entreprise cliente. Et si vous êtes une petite entreprise, alors ne vous en faites pas trop parce qu’on incite le marché à changer et que vous pourrez en profiter sans devoir faire trop d’efforts en ce moment.

Lauren Fleming: J’ajouterais aussi que les entreprises doivent savoir que c’est un sujet vaste et compliqué, mais qu’il y a beaucoup d’argent en jeu, qui pourrait être économisé si on réussit la modernisation.

Justin Ferrabee: Excellent. Merci beaucoup. Nous allons poursuivre nos recherches, comme nous l’avons fait avec le rapport d’EY et bien d’autres. Nous allons élargir nos horizons et aller voir sur la scène internationale les avantages de la modernisation des systèmes de paiements et de l’utilisation de données sur les paiements et comprendre comment c’est fait.

Justin Ferrabee: On va regarder la situation au Canada en profondeur, analyser les données et examiner des cas d’utilisation selon la taille de l’entreprise, le segment ou le secteur, par exemple en comparant le secteur manufacturier à celui des services ou de la vente de détail et voir l’incidence de ces facteurs. On va obtenir des analyses de rentabilité et des cas d’utilisation plus précis sur les nouvelles occasions qui découleront de la modernisation de l’infrastructure dans l’écosystème et on va aider les sociétés clientes, les petites entreprises et d’autres secteurs de l’économie à se préparer à la modernisation et à en profiter.

Au fil de notre parcours ensemble, on va continuer de présenter de nouvelles idées utiles pour améliorer l’écosystème. Je vous remercie, Jan, pour vos observations, votre enthousiasme et vos commentaires. Merci à vous, Lauren, pour votre point de vue indépendant, qui nous permis de regarder de plus près les coûts de fonctionnement sous-jacents de notre système actuel et les avantages d’un écosystème réinventé pour les affaires.

Nous voilà déjà à la fin de cet épisode de PayPod, mais nous vous invitons à vous joindre à nous pour le prochain, où nous continuerons d’explorer le monde de la modernisation des paiements et des petites entreprises. Elle crée un tout nouveau monde de puissantes améliorations axées sur le client, tout en améliorant l’efficacité opérationnelle de façon impressionnante. La série se trouve à l’adresse paiements.ca/le-balado-paypod. Participez aux discussions en ligne en tapant #paiementsmodernes.