Transcription du 2e épisode de PayPod – Les paiements effectués par les petites entreprises, avec Dan Kelly et Siena Dixon

Dans ce deuxième épisode, Justin Ferrabee discute des besoins des PME en matière de paiements avec Dan Kelly, président et chef de la direction de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), et Siena Dixon, chef du marketing et des communications chez Ollie Quinn. Le monde des paiements est en constante évolution, ce qui oblige les entreprises à s’adapter plus que jamais. Cependant, selon un récent sondage mené par la firme Léger et Paiements Canada, les modes de paiement privilégiés des entreprises canadiennes restent les cartes de crédit, l’argent comptant et les chèques. Ensemble, Justin Ferrabee et ses invités discutent des façons de continuer à moderniser l’écosystème des paiements afin d’aider les entreprises canadiennes à croître, à satisfaire leur clientèle et leurs collaborateurs, et à suivre le rythme des pays qui recherchent en priorité des options de paiement simples. Cliquez ici pour écouter le 2e épisode de PayPod.

Invités:

Transcription :

Justin Ferrabee: Le monde des paiements est en constante évolution, ce qui oblige les entreprises à s’adapter plus que jamais. Toutefois, les entreprises canadiennes, petites et grandes, n’ont accès qu’à un nombre limité de modes de paiement pour offrir une expérience de paiement facile, agréable et intéressante à leurs clients. Il faut continuer d’innover et de moderniser les systèmes de paiements afin d’aider les entreprises d’ici à croître, à satisfaire leur clientèle et à suivre le rythme des pays qui recherchent en priorité des options de paiement simples.

Bonjour, ici Justin Ferrabee, chef de l’exploitation de Paiements Canada. Je continuerai d’animer le balado PayPod, une série de plusieurs épisodes qui explorent de fond en comble l’ambitieuse mission de modernisation des paiements du Canada et qui portent particulièrement sur les aspects les plus pertinents pour le milieu des affaires. 

Dans le dernier épisode, nous avons discuté de la modernisation dans le contexte des grandes sociétés canadiennes. Aujourd’hui, nous nous intéressons aux membres discrets, ambitieux et déterminés du monde des affaires canadien : les PME. Nous parlerons de certains des défis vécus par de nombreuses PME en raison du manque de modes de paiement pratiques. En fin de compte, les entreprises d’aujourd’hui veulent offrir plus d’options aux clients aux points de vente et aux fournisseurs dans l’arrière-guichet. Évidemment, ces options doivent être sures.

Pour creuser le sujet, je reçois aujourd’hui Dan Kelly, président et chef de la direction de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, un groupe d’influence qui réunit plus de 110 000 entreprises. Je suis ravi d’être avec vous pour cet épisode de PayPod.

Dan Kelly: Je suis content d’être ici. Vous avez visé juste dans votre introduction. Il y a de l’intérêt, voire de l’enthousiasme envers les innovations annoncées dans le secteur des paiements au Canada. Le milieu a longtemps été assez protégé et isolé, aux mains de quelques grosses pointures. Or, les PME canadiennes aimeraient voir une plus grande diversité, plus de forces dynamiques dans le secteur et de façons de faciliter les paiements. C’est certain qu’il y a beaucoup de progrès à faire et qu’un grand nombre de petites entreprises d’ici connaissent quelques-unes des autres options offertes aux entreprises ailleurs dans le monde, mais qui ne semblent pas exister ici.

Justin Ferrabee: Notez que dans environ 10 minutes, une autre invitée sera des nôtres : Siena Dixon, chef du marketing et des communications chez Ollie Quinn, un détaillant de lunettes à prix avantageux présent partout dans le monde.

Très bien, alors allons-y! Selon un récent sondage commandé par Paiements Canada, plus de 80 % des petites entreprises canadiennes souhaitent avoir plus d’options de paiement et voir le secteur continuer de se développer. D’après votre expérience avec les entreprises indépendantes, pouvez-vous décrire les principales difficultés des PME à l’heure actuelle en ce qui concerne les paiements des clients et des fournisseurs?

Dan Kelly: Les PME canadiennes doivent faire face à plusieurs difficultés. Bien sûr, le défi le plus évident et le plus étudié concerne les paiements de détail, pour les acheteurs-consommateurs. Il y a certainement la question des coûts. C’est sans doute ce qui revient le plus souvent dans le discours des PME. Le coût des paiements par carte de crédit est ahurissant, surtout au Canada. Ils sont beaucoup plus élevés qu’ailleurs. Du côté des cartes de débit, je pense qu’on s’en sort assez bien. On est de grands utilisateurs des cartes de débit, et les coûts sont plutôt raisonnables, ce qui est une bonne chose.

Dan Kelly: Mais je pense que, pour beaucoup de petites entreprises, le vrai obstacle, c’est de se payer entre elles. Je pense que c’est un secteur très négligé au Canada. Oui, on a des moyens de faire des transferts électroniques. Les virements Interac gagnent en popularité/

Justin Ferrabee: Pourriez-vous illustrer par un exemple les paiements interentreprises dont vous parlez?

Dan Kelly: Oui, je disais justement que les transferts électroniques de fonds gagnent en popularité au Canada. On a constaté une hausse de leur utilisation par les entreprises entre elles. C’est intéressant de voir que les très petites entreprises utilisent de plus en plus les virements Interac. Toutefois, on voit qu’il y a encore beaucoup d’argent envoyé… L’entreprise fait un chèque, le met dans une enveloppe, appose un timbre et envoie le tout par Postes Canada. Malgré les nouvelles technologies et les innovations des dernières années, les chèques demeurent le mode de paiement privilégié par les PME canadiennes, surtout quand elles échangent d’importantes sommes d’argent avec des fournisseurs de services.

Justin Ferrabee: Pourquoi, selon vous?

Dan Kelly: Quand on demande aux petites entreprises pourquoi elles préfèrent les chèques à l’heure actuelle, elles nous répondent qu’elles n’en raffolent pas, mais qu’elles les considèrent avant tout comme la meilleure option en ce moment parce qu’ils semblent plus économiques. Les cartes de crédit sont perçues comme un mode de paiement beaucoup trop dispendieux. Bien sûr, les propriétaires de petites entreprises adorent payer par carte de crédit pour la même raison que tous les autres Canadiens : ils sont accros aux points de récompense comme tout le monde. Mais ils détestent recevoir des paiements par carte de crédit. Ils veulent disposer d’autres modes de paiement à faible coût, alors les chèques restent la meilleure option.

Selon moi, il y a aussi une cause cachée qui explique pourquoi les petites entreprises canadiennes préfèrent les chèques. C’est qu’ils conservent automatiquement des traces. On oublie souvent ça dans les discussions sur les paiements. Ça peut être très utile quand on fait l’objet d’une vérification, par exemple de l’Agence du revenu du Canada. Quand on paie par chèque, on garde une preuve du paiement sur papier. On reçoit une facture par courrier, et on envoie un chèque en retour. C’est vraiment pratique d’avoir des preuves quand l’Agence du revenu du Canada fait enquête sur nos dépenses.

Selon moi, beaucoup de modes de paiement ne répondent pas à ce besoin ou alors ils conviennent surtout aux grandes entreprises, mais pas nécessairement à des… [Interférence 0 h 6 min 18 s]

Justin Ferrabee: Ou ils ont un gros système qui fait le rapprochement des trucs du genre.

Dan Kelly: En effet. Alors c’est une des raisons qui expliquent pourquoi je suis personnellement enthousiaste à l’idée de voir arriver des innovations dans le secteur des paiements. Le volet des paiements entre les entreprises a été incroyablement négligé au Canada. Eh oui, le gel des fonds fait obstacle à ces paiements, mais je pense qu’on oublie parfois les exigences de conservation des documents. C’est un besoin qui influence la façon dont les PME canadiennes se paient entre elles.

Justin Ferrabee: Est-ce que la gestion de trésorerie a quelque chose à voir dans tout ça? Je sais que les petites entreprises doivent vraiment gérer leurs fonds dès qu’ils sont disponibles et tenir compte des périodes de retenue et d’autres choses comme ça. Est-ce que ça joue dans la balance?

Dan Kelly: Tout à fait. J’ai vu les délais de gel des fonds diminuer un peu au Canada dans ma carrière, mais ils sont encore très longs, et bien plus qu’ailleurs. Quand on gère une petite entreprise, on a habituellement un budget assez serré. Les conséquences peuvent être graves quand on attend un paiement qui sera retenu encore trois ou quatre jours et que certaines personnes, peut-être même nos employés, comptent sur nous pour se faire payer.

Les périodes de retenue posent réellement problème aux PME. Je vais vous donner un bon exemple qui illustre pourquoi nous avons besoin de solutions novatrices. Pensons aux grèves de Postes Canada. Beaucoup de gens n’en revenaient pas que la FCEI se rallie aux protestations des employés de Postes Canada parce qu’ils sont nombreux à se dire : « Attendez une minute. Je ne dépends plus vraiment du service postal. Alors pourquoi les petites entreprises sont-elles si préoccupées par les interruptions de service? » Ce que nos membres nous répondent surtout, c’est que, oui, certains d’entre eux expédient encore leurs produits par Postes Canada. Et ils se manifestent, mais ils ont d’autres options.

À chaque interruption ou menace d’interruption des services postaux, les premières petites entreprises qui font entendre leur voix sont celles qui ont de l’argent coincé dans le courrier. En fait, pendant la dernière interruption, l’utilisation des virements Interac par les PME a fait un bond. Il s’agit pour elles d’une solution d’urgence pour payer leurs fournisseurs en cas de gel des transferts d’argent ou de menace de gel. Selon moi, ça illustre bien l’importance de l’innovation.

Justin Ferrabee: Si on oublie… parce que c’est un très bon exemple de notre dépendance au service postal, à notre façon de faire traditionnelle. Si on oublie ça, y a-t-il autre chose dans la situation qui les laisse indifférents, les propriétaires de petites entreprises? Ça fonctionne. Ce n’est pas parfait, mais ça fonctionne. Ça marche. On est tous en train de parler de paiements. Mais en fait, ils s’en fichent. Ils veulent juste qu’on trouve un moyen de réduire les coûts.

Dan Kelly: Bien sûr, il y en a qui disent ça. On a posé la question à nos membres, et environ un tiers d’entre eux ont répondu qu’ils ne voulaient juste pas vraiment changer. Ils se disent satisfaits du système de paiements en place. Mais ce n’est qu’un tiers des PME. Selon nos données, deux tiers des PME canadiennes disent vouloir de l’innovation. Ce qui freine l’adoption des modes de paiement électroniques, selon moi, ce sont les coûts. C’est l’ennemi numéro un, en fait. Si on peut moderniser les systèmes de paiements, les rendre plus rapides et offrir plus de choix tout en veillant à ce que les coûts demeurent raisonnables pour les PME, je pense qu’on aura beaucoup plus de chances de réussir.

Par contre, ce qui m’inquiète, c’est que, pendant qu’on bâtit l’infrastructure, certaines des grosses pointures qui ont pu dominer le secteur canadien des paiements par carte de crédit aboutissent au sommet de la « chaîne alimentaire » de certaines des nouvelles techniques. Alors là, on pourrait finir par faire échouer tout le processus parce que les petites entreprises préfèrent conserver leurs modes de paiement éprouvés et peu coûteux, du moins, à leurs yeux.

Justin Ferrabee: Si on regarde aussi les résultats de notre étude, on voit qu’il y a un grand intérêt, surtout de la part des petites entreprises en démarrage. Et quand on observe le marché, on voit percer plusieurs nouveaux acteurs comme Square et Shopify, qui rendent les paiements plus accessibles. Les options qui n’étaient pas accessibles aux microentreprises ou aux pigistes le sont devenues. On voit donc des solutions novatrices qui simplifient les paiements. Elles restent coûteuses, mais elles sont simples quand on met les choses en perspective. En tenez-vous compte dans votre groupe ou est-ce plutôt un secteur émergent?

Dan Kelly: Bien sûr, mais la plupart des innovations qu’on a vues jusqu’ici ne faisaient que bonifier l’infrastructure existante. Certes, elles peuvent proposer une nouvelle fonctionnalité et simplifier un peu la vie des petites entreprises, mais ce ne sont pas nécessairement les grandes innovations attendues globalement dans le cadre de la modernisation des paiements. En fait, les nouveaux acteurs, comme Square que vous avez mentionné, ou PayPal et d’autres, entraînent en général des coûts supplémentaires. Ils rendent le système existant plus coûteux. Cependant, comme c’est surtout à cause des coûts que les petites entreprises sont réticentes à utiliser les modes de paiement électroniques, je me demande parfois si on fait vraiment des progrès.

Ça ne veut pas dire que les petites entreprises ne sont pas ouvertes à certaines des innovations de ce genre ou que ces innovations n’ajoutent aucune valeur au processus. Mais on cherche des innovations majeures, et je pense qu’elles vont arriver bientôt, et je ne parle pas d’un changement de forme ou de petites adaptations pour faciliter l’accès des petites ou des microentreprises.

Justin Ferrabee: Avez-vous des exemples de choses que vous avez vues ailleurs et que vous aimeriez vraiment trouver ici?

Dan Kelly: La principale chose… Un des éléments les plus importants dont les entreprises parlent, c’est la possibilité de faire un paiement qui serait accompagné des données sur la facture correspondante pour être capable d’en faire le suivi. Ça réglerait justement le problème des documents à conserver pour l’ARC, par exemple. Si on arrive à offrir plus d’options de paiement interentreprises qui facilitent le rapprochement entre les données des factures et celles des paiements, je pense qu’on réussira beaucoup plus aisément à convaincre les PME d’abandonner les chèques et d’adopter de nouveaux outils. Pour moi, c’est le clou du spectacle.

Justin Ferrabee: Pas très tape-à-l’œil, mais très important.

Dan Kelly: Oui, tout à fait. En fait, je pense que ce sont probablement les éléments moins attrayants qui captent le plus l’attention des PME. On a tous vu qu’il y a un côté branché au fait d’utiliser de nouvelles technologies pour faire des paiements dans la restauration. Ça plaît aussi à certaines entreprises d’offrir plus d’options aux consommateurs finaux, ou encore des options un peu novatrices. Mais ce que les petites entreprises veulent au fond, c’est avoir de nouvelles options de paiement interentreprises, surtout pour les grosses sommes d’argent. Et pour une petite entreprise, un gros montant, ça peut être une facture de 5 000 $. Je veux juste mettre les choses en contexte.

Justin Ferrabee: Paiements Canada est une infrastructure, alors on baigne dans le système de paiements. Ce qu’on essaie de faire, c’est de créer quelque chose qui va… Vous avez dit dans une de vos questions que le débit fonctionnait plutôt bien. Ça fonctionne entre autres grâce au prix fixe, contrairement aux cartes de crédit. On essaie de concevoir un système en temps réel qui ressemblerait au débit, mais en mieux. La disponibilité de l’information, les coûts réduits, l’omniprésence du système et sa facilité d’utilisation apporteront une valeur ajoutée. Il peut en découler d’autres idées novatrices, en grande partie pour les petites entreprises, qui en ont besoin. Elles s’en servent, et leur survie en dépend.

Alors, c’est notre but. Mais comme vous le disiez, nous bâtissons l’infrastructure, elle passe par la classe commerciale centrale de ceux qui offrent des services aux entreprises, puis elle atteint les petites entreprises. Alors il y a toujours une chance que le prisme reflète la lumière et projette une image différente en fin de compte. Et on espère que ce sera un arc-en-ciel. C’est notre but.

Dan Kelly: Non. Écoutez, ce que vous décrivez me semble tout à fait juste. Ça correspond exactement à ce que les PME attendent de Paiements Canada et du secteur des paiements. Mais on l’a tous les deux admis : la grande question pour les petites entreprises, c’est de savoir où ça les mènera ensuite. Et je dois dire que beaucoup de petites entreprises font preuve d’un scepticisme sain, car, jusqu’ici, les innovations ont surtout été synonymes de hausses de coûts, et pas le contraire. Pourtant, dans la plupart des secteurs, l’innovation et la concurrence favorisent la baisse des prix et la création de nouvelles options/

Justin Ferrabee: Et non l’inverse.

Dan Kelly: Et non l’inverse. Les paiements sont un peu atypiques. C’est plutôt le contraire qui se produit. J’espère que les idées dont vous parlez mèneront à une vraie forme de concurrence et d’innovation et entraîneront une foule de nouvelles options auxquelles les petites entreprises et les consommateurs n’ont pas encore eu accès. Ça pourrait entraîner des réductions de coûts, comparativement à ceux associés aux cartes de crédit ou aux paiements en général. C’est vraiment vers ça qu’on espère se diriger.

Justin Ferrabee: La diligence et la vigilance constantes dont vous faites preuve pour vous assurer qu’on atteigne cet objectif vont être d’une grande aide. On essaie tous d’atteindre ce but ultime, alors on va devoir concentrer nos efforts là-dessus.

Pour les auditeurs qui voudraient en savoir plus sur les principaux constats du Sondage sur les modes de paiement: Édition Petites entreprises, vous pouvez lire le rapport final sur le site Web slideshare.net/paycanada. Ici Justin Ferrabee, votre animateur. J’étais accompagné de Dan Kelly de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Nous avons exploré les effets futurs de l’évolution des paiements au Canada sur les PME, et surtout, comme Dan le disait, la façon dont les propriétaires d’entreprise s’investissent véritablement dans l’évolution du secteur des paiements. Selon le sondage sur les modes de paiement, un pourcentage ahurissant des propriétaires d’entreprise, soit 81 %, se disent prêts à intégrer de nouvelles technologies à leurs activités, si elles sont disponibles.
Une autre invitée va maintenant se joindre à nous pour nous présenter un autre point de vue : celui d’une entreprise canadienne indépendante. Il s’agit de Siena Dixon, chef du marketing chez Ollie Quinn. Bienvenue, Siena.

Siena Dixon: Merci, Justin. Je suis contente de vous parler.

Justin Ferrabee: Siena, en partant de ce que Dan a dit plus tôt, pouvez-vous nous donner des exemples précis des défis entourant les paiements auxquels votre entreprise fait face au quotidien?

Siena Dixon: Bien sûr. C’est certain que les paiements ont été difficiles pour nous, surtout parce qu’on a connu une croissance rapide au Canada et à l’étranger dans les dernières années. On est passés d’une véritable entreprise naissante à une PME. Je suppose que c’est le nom qu’on nous donnerait maintenant. Je dirais qu’envoyer et recevoir des paiements à temps et à faible coût et pouvoir en faire le suivi demeure l’un des principaux défis de l’entreprise. C’est un problème en soi, mais ça touche aussi la prévision des liquidités. Évidemment, à n’importe quelle étape de notre croissance, tout ce qui empêche ou ralentit la réception de paiements de nos clients pose problème.

Mais je pense que la prévision des liquidités est particulièrement importante pendant la phase de croissance initiale où il faut montrer notre solidarité opérationnelle – si je peux appeler ça comme ça – à tous les intervenants, y compris aux investisseurs. Alors c’est certain que c’était une période d’apprentissage. Au quotidien, la lenteur du traitement des paiements et l’attente, d’un côté comme de l’autre, ça peut causer quelques pépins en cours de route. On a dû respecter des échéances liées à notre fonctionnement et au marketing. C’est certain que ça peut ébranler les relations avec nos fournisseurs et nos partenaires.

Le temps de traitement d’un télévirement international en est un excellent exemple. À l’heure actuelle, on fonctionne encore avec un style de gestion des stocks que j’aime appeler le « juste à temps », aussi connu sous le nom de « on en a besoin pour hier ». C’est certain que c’est un défi pour nous de respecter les délais d’expédition avant des événements majeurs pour les consommateurs, comme le Nouvel An chinois, surtout quand on se prépare au lancement de produits assez largement publicisés. C’est du temps qu’on ne peut pas se permettre de perdre à cause des différences entre les pays dans le traitement des paiements.

Justin Ferrabee: Ça semble faire beaucoup de choses à gérer pour une petite entreprise en croissance. Avez-vous déjà vu ce genre de situation avant, Dan?

Dan Kelly: Tout à fait. Pour les entreprises qui ont des activités à l’étranger, les préoccupations relatives aux paiements sont encore plus grandes. Alors ce serait certainement une innovation majeure d’avoir des systèmes qui peuvent communiquer entre eux au Canada et partout ailleurs. C’est dans ce domaine que les petites entreprises seraient très intéressées d’innover et de payer pour des innovations, parce qu’elles n’ont vraiment pas de bonne option en ce moment. Si on prend juste les problèmes auxquels elles doivent faire face dans leurs activités courantes, c’est déjà beaucoup. On ne peut pas non plus nier que, chaque jour, des acteurs du secteur des paiements cognent aux portes des PME pour leur parler de leur toute nouvelle innovation extraordinaire.

Mais les petites entreprises sont incroyablement frustrées. En fait, je leur recommanderais de se méfier d’un grand nombre d’intervenants du secteur justement à cause de ce qui s’est passé avec l’implantation des cartes de crédit au Canada. Il y a encore des vestiges de certaines entreprises malintentionnées qui ont été autorisées à exercer leurs activités sans aucune contrainte.

Justin Ferrabee: Siena, quand on regarde la complexité de votre chaîne d’approvisionnement, on voit des éléments qui viennent d’un peu partout dans le monde et qui s’en vont dans des boutiques et des magasins dans différentes régions. Ça complexifie la gestion des liquidités. On comprend les défis que ça pose : le ralentissement de vos activités, la friction, les coûts et le rapprochement des factures. Vous devez aussi vous assurer que le secteur est là où il doit être, et c’est sans compter tous les autres défis à relever. Évidemment, votre situation semble très complexe et, si elle pouvait être corrigée ou même légèrement améliorée, ce serait d’une grande aide. Et l’expérience client? Qu’en est-il de la rapidité et de la simplicité du processus de paiement des terminaux aux points de vente? Il y a aussi les informations, votre relation avec vos clients et leur expérience d’achat en ligne ou en magasin.

Siena Dixon: Oui, tout à fait. Comme je le disais, le moindre délai entre l’envoi et la réception d’un paiement d’un client a une grave incidence. Environ 30 % de nos clients sont de la génération Y. En général, ils ont l’œil pour les options de paiement créatives et novatrices. On veut être en mesure d’accepter tous les modes de paiement. Présentement, la plupart de nos transactions sont assez petites comparativement à celles d’autres entreprises où les clients dépensent en moyenne un peu plus de 150 $. La majorité de nos transactions se font par voie électronique. C’est merveilleux, mais on est encore limités aux cartes de débit ou de crédit.

On aimerait beaucoup être en mesure d’accepter d’autres options, qu’il s’agisse de paiement par téléphone cellulaire ou de technologies émergentes comme les chaînes de blocs ou les paiements biométriques. Ça a aussi quelque chose à voir avec la gestion de notre image de marque. Évidemment, c’est mon domaine. Soutenir la créativité, c’est inscrit dans l’ADN de notre marque. Alors si on était en mesure d’accepter des modes de paiement qui sont peut-être considérés comme très novateurs, mais qui sont valides, ce serait une merveilleuse occasion de croître avec notre clientèle.

Justin Ferrabee: Siena, vous avez travaillé pour de nombreuses entreprises. Comment le Canada se compare-t-il aux autres pays?

Siena Dixon: Malgré une certaine appréhension, j’espérais que vous me posiez cette question. C’est vrai, j’ai travaillé au Royaume-Uni et en Australie, et je travaille maintenant aux États-Unis. Pour être honnête, le Canada ne s’en sort pas très bien. J’ai remarqué que les frais de transaction étaient énormes, sans aucun doute parmi les plus élevés que j’ai vus, et les délais de traitement aussi.

Dan Kelly: Tout ce que les PME nous ont dit abonde dans le même sens. Depuis très longtemps, nos membres nous rapportent que de vraies innovations ont lieu à l’étranger. On a tout de même eu quelques bons coups au Canada. Prenons le système de débit Interac. Il a vraiment sauvé beaucoup d’entreprises. Elles adorent les transactions par carte de débit. La version en ligne n’a pas eu autant de succès, mais les virements Interac sont une innovation que de nombreuses petites entreprises ont adoptée parce qu’elles connaissent Interac et lui font confiance. Elles sont donc plus ouvertes à s’en servir. C’est une avenue qu’il faut explorer. Certains acteurs du secteur des paiements ont perdu la confiance des PME. Il va falloir travailler pour la regagner.

Les coûts ont baissé, et c’est une bonne chose. Le Code de conduite destiné à l’industrie canadienne des cartes de crédit et de débit nous a certainement aidés à avancer. Mais à mesure qu’on développe l’infrastructure sur laquelle Paiements Canada travaille, on doit s’assurer que les autres outils à notre disposition pour garantir des pratiques justes et de vraies innovations entraînent des baisses des coûts. Il faut que ces éléments soient considérés, eux aussi.

Justin Ferrabee: Siena, on a parlé des avantages d’un monde modernisé, d’où on se situe aujourd’hui et de ce qui indiquerait une réussite. Qu’est-ce qui arriverait si, pour une raison ou une autre, l’initiative de modernisation s’arrêtait? Si vous regardez l’ensemble de vos magasins dans le monde, qu’est-ce que ça signifierait pour vous? Comment percevriez-vous le Canada?

Siena Dixon: Ça changerait la situation de façon assez radicale. En ce moment, le Canada est l’un des pays où on réussit le mieux. Pour être honnête, ç’a été un peu une surprise, simplement à cause des différences entre la population du Royaume-Uni et celle des États-Unis. En tout cas, on a obtenu des résultats extraordinaires au Canada. Si on n’était pas capables de mener nos activités de façon aussi efficace au Canada qu’aux États-Unis, au Royaume-Uni ou ailleurs, ça nous découragerait sans doute d’étendre nos activités ici. Je ne serais pas surprise que les questions opérationnelles jouent dans le choix des endroits où on va s’implanter et qu’elles puissent ralentir notre croissance au Canada.

Justin Ferrabee: Eh bien, faisons en sorte que ça n’arrive pas.

Siena Dixon: Tout à fait.

Dan Kelly: Ça nous rappelle qu’il ne faut pas seulement concentrer nos efforts sur les innovations nécessaires à l’échelle nationale, mais aussi s’assurer que les systèmes peuvent s’intégrer à celles de nos collaborateurs du monde entier, puisque c’est un autre volet d’une très haute importance. Ce n’est pas une préoccupation pour toutes les petites entreprises, mais c’est certainement quelque chose qu’on… Si on veut que les entreprises canadiennes se taillent une place à l’international, on devrait s’assurer que nos systèmes peuvent communiquer entre eux et que l’argent est plus facile et rapide à transférer à l’échelle nationale, mais aussi hors de nos frontières.

Justin Ferrabee: Dan, vous travaillez avec 110 000 entreprises; Siena, vous développez une petite entreprise. Vous le savez tous les deux : C’est difficile. C’est difficile à faire. C’est difficile de trouver des clients, de les servir, de trouver des produits, de faire en sorte que l’entreprise fonctionne. Il y a beaucoup de choses complexes. On prend beaucoup de risques personnellement. Vous ne devriez pas avoir à vous battre avec le système de paiements.

Siena Dixon: Bien dit!

Dan Kelly: Vous avez tout compris. On vient de passer une grosse année à se battre avec le gouvernement. La dernière chose qu’on veut, c’est de se battre avec le secteur des paiements. On a passé dix ans à le faire, et on cherche… Il y a eu beaucoup de changements en peu de temps. Je parlais plus tôt de la confiance qui s’est effritée dans la dernière décennie à mesure que des innovations relatives aux paiements ont fait leur apparition. Je pense qu’on a maintenant de nouvelles bases. Il y a eu beaucoup de changements positifs. Les gouvernements sont intervenus plus que jamais et ont établi des règles pour le secteur. Grâce à des mesures volontaires, les coûts d’acceptation des cartes de crédit ont diminué. Et les innovations de Paiements Canada en chantier devraient donner aux PME de nombreuses raisons d’être optimistes et de penser que la situation s’améliore, qu’il y aura une véritable concurrence et que les systèmes vont pouvoir mieux communiquer entre eux. Tant qu’on fera attention aux coûts, j’ai bon espoir que l’avenir du Canada sera rempli de choses palpitantes, qui devraient donner un coup de pouce à l’économie.

Justin Ferrabee: Du point de vue de Paiements Canada, je peux vous dire que, par votre participation et votre compréhension des défis à vous, à Siena et aux petites entreprises, on va réussir. Le dévouement, l’engagement, la volonté de comprendre les situations complexes et le désir de se battre pour que les bonnes choses arrivent, c’est grâce à tout ça qu’on va réussir.

Merci à vous, Dan, de nous avoir fait part de vos judicieux conseils et commentaires. Et merci à vous, Siena, de nous avoir permis d’observer de plus près la façon dont les petites entreprises, comme bien d’autres, sont touchées par l’évolution des paiements au Canada. Nous voilà déjà à la fin de cet épisode de PayPod, mais nous vous invitons à vous joindre à nous pour le prochain, où nous explorerons l’univers de la modernisation des paiements et des finances personnelles. Vous pouvez écouter la série au www.paiements.ca et participer aux discussions en ligne en tapant #paiementsmodernes.