Transcription du 4e épisode de Paypod: Femmes inspirant le changement dans le monde des paiements, avec Elena Litani, Jennifer Tramontana et Shemina Jiwani

Justin Ferrabee reçoit Elena Litani, directrice, Solutions bancaires et marchés des capitaux à nanopay, Jennifer Tramontana, présidente et fondatrice de The Fletcher Group, et Shemina Jiwani, première vice-présidente en développement des affaires à AscendantFX, des dirigeantes marquant le changement dans le secteur des paiements, pour discuter de leur rôle dans la modernisation de ce dernier. La modernité va au-delà de la technologie et des infrastructures : être moderne, c’est accepter et soutenir la diversification de la main-d’œuvre, les femmes dirigeantes étant désormais une réalité. Assistez à une importante discussion avec ces leaders sur la marque que laissent les femmes sur le secteur des paiements, les défis auxquels elles font encore face, et les solutions possibles pour atteindre la parité au sein de la main-d’œuvre. Cliquez ici pour écouter le 4e épisode de PayPod.

Invités

  • Elena Litani, directrice, Solutions bancaires et marchés des capitaux à nanopay
  • Jennifer Tramontana, présidente et fondatrice de The Fletcher Group
  • Shemina Jiwani, première vice-présidente en développement des affaires à AscendantFX

Transcription

Justin Ferrabee: À Paiements Canada, nous modernisons l’avenir des paiements au pays. Ce faisant, nous prenons le temps de discuter des possibilités et des défis, parce qu’être moderne, ce n’est pas qu’une question de technologie et d’infrastructures; c’est aussi soutenir et faire progresser la diversité de la main-d’œuvre, ce que nous nous efforçons sans cesse de faire.

Nous constatons un bond spectaculaire du nombre de postes de direction occupés par des femmes dans le monde entier, en droit, en santé et dans les universités. Il y a toutefois beaucoup de pain sur la planche, surtout dans les milieux de la finance et de la technologie, qui n’ont pas suivi la cadence des autres professions et ont encore du mal à favoriser la diversité de leur main-d’œuvre.

En cette Journée internationale des femmes, nous accueillons trois femmes accomplies qui font bouger les choses dans le secteur des paiements. Elles vont nous parler du rôle des femmes dans l’évolution des paiements, de femmes visionnaires qui façonnent le secteur et de ce que l’avenir nous réserve. Elles nous raconteront aussi des défis et obstacles qu’elles ont affrontés, et qui continuent de freiner les femmes dans le secteur financier, et nous parleront aussi de solutions.

Bonjour. Ici Justin Ferrabee, chef de l’exploitation de Paiements Canada. Je suis l’animateur du balado PayPod, qui traite de tous les aspects de l’ambitieuse mission de modernisation des paiements au Canada. J’accueille aujourd’hui Elena Litani, directrice, Solutions bancaires et marchés des capitaux de nanopay; Jennifer Tramontana, présidente et fondatrice du Fletcher Group; et Shemina Jiwani, première vice-présidente en développement des affaires d’AscendantFX.

Merci d’être des nôtres aujourd’hui pour un nouvel épisode de PayPod. Avant tout, parlez-moi un peu de vous et de votre contribution aux perturbations en cours dans le secteur. Jennifer, commençons avec vous.

Jennifer Tramontana: Merci. Je suis heureuse d’être ici. Je travaille dans le marché des cartes prépayées depuis 2005, qui vaut quatre milliards de dollars au Canada, mais ce n’est vraiment que la partie visible de l’iceberg. On en est à la deuxième génération de prépaiements, si je puis dire, et elle jouera un grand rôle dans le système de paiements.

Vous connaissez peut-être les cartes prépayées, préchargées : vous pouviez sortir et les utiliser sans craindre de vous endetter, utiliser des cartes-cadeaux, ce genre de choses. Elles existent encore, et c’est important, mais les prépaiements deviennent plutôt une capacité technologique de nos jours. Ils ont beaucoup de valeur pour l’utilisateur final, comme vous le savez, par l’inclusion financière et l’acceptation par tous les réseaux de cartes. D’ailleurs, la prochaine génération sera le fruit de sa nature novatrice, parce que les entreprises de technologie financière optent vraiment pour les prépaiements, dont la souplesse permet de concevoir des produits à la fois économiques et efficaces.

Vu leur infrastructure légère, ils sont peu coûteux et flexibles, sans compter qu’ils sont conformes au cadre réglementaire et aux systèmes en place, qui sont des facteurs importants. Je sais que nous parlerons des systèmes aujourd’hui, mais les prépaiements fonctionnent déjà sur les systèmes actuels. C’est d’ailleurs pourquoi des entreprises… Vous avez probablement entendu parler de STACK, de KOHO, de Paytm et d’autres qui se fondent là-dessus.

La prochaine vague de néobanques, ou appelez-les comme vous voulez… Tout se construit à partir des prépaiements, alors on en verra des tonnes, surtout avec l’arrivée des services bancaires ouverts.

Justin Ferrabee: Wow. Les prépaiements sont derrière beaucoup de choses. On est loin des cartes prépayées de nos grands-mères.

Jennifer Tramontana: Très loin.

Justin Ferrabee: En effet.

Jennifer Tramontana: On n’en est vraiment plus là. C’est une question de capacité technologique. Nous sommes rendus ici, et les prépaiements sont derrière l’apparition de toutes sortes d’innovations géniales.

Justin Ferrabee: Je n’en savais rien. C’est fabuleux!

Jennifer Tramontana: Maintenant, vous le savez.

Justin Ferrabee: Et vous, Elena?

Elena Litani: Bonjour. Je m’appelle Elena. J’ai immigré au Canada, mais j’ai grandi à [inaudible 0 h 3 min 10 s]. J’ai commencé chez IBM, où j’ai passé le plus clair de mon temps dans le secteur de la technologie, mais il y a environ cinq ans, je suis passée aux paiements. Ce secteur me passionne vraiment, parce que, comme vous l’avez mentionné, il offre beaucoup de possibilités, en particulier à nanopay, où nous repoussons les limites. Nous essayons d’imaginer et de concevoir la nouvelle génération des systèmes de paiements.

Nous imaginons un futur où les paiements sont numériques, faciles et transparents pour tous, et surtout, où ils s’effectuent en temps réel. Notre technologie de pointe, nanorail, procure une visibilité, une performance et une résilience élevées. Grâce à elle, nous technicisons l’argent et rendons possible l’émission de devises numériques par les banques centrales. Notre technologie s’appuie sur les plus récentes avancées en matière de sécurité cryptographique, une API sûre et la norme ISO 20022.

À l’heure actuelle, nous avons deux produits qui en découlent : Connect, qui permet aux entreprises de faire des paiements, et Liquid, qui ouvre la porte à la prochaine génération de solutions en matière d’espèces et de liquidités pour les trésoriers.

Mais ce qui me passionne le plus, c’est notre travail auprès des banques centrales, des exploitants des systèmes de paiements et des banques partout dans le monde pour créer des solutions de paiements novatrices. Je pense que c’est ce que l’avenir nous réserve : des paiements numériques en temps réel. Et j’en suis emballée.

Justin Ferrabee: Wow. Eh bien, il y a là de l’ambition et beaucoup de projets.

Elena Litani: Oui!

Justin Ferrabee: Tant mieux pour vous. Tout cela a l’air très stimulant et dynamique. Et vous, Shemina?

Shemina Jiwani: Eh bien, je me ferai sans doute l’écho d’Elena, puisque je travaille aussi dans le domaine des paiements internationaux, et qu’elle a donné l’heure juste pour ce qui est de la transparence des paiements et de la capacité à recevoir des paiements en quelques secondes plutôt qu’en quelques jours, comme les gens s’y attendent. Mais revenons un peu en arrière. Je travaille dans le milieu depuis, oh là là, assez longtemps, depuis l’an 2000, mis à part une interruption de cinq ans où j’ai travaillé dans un tout autre secteur, ce qui a été très amusant, mais aussi très prenant. J’ai mis sur pied un complexe immobilier à Canmore, tout près de Banff. Même si cette expérience a été, je le répète, complètement différente, elle m’a enseigné une excellente manière d’aborder n’importe quelle entreprise.

Par ailleurs, j’ai deux enfants, l’un d’un an et demi et l’autre de quatre ans, ce qui constitue un autre travail temps plein, comme vous pouvez probablement tous en témoigner. Je travaille à AscendantFX, une entreprise de technologie financière, depuis cinq ans. J’avais déjà travaillé en paiements internationaux, mais ce qui distingue vraiment Ascendant, ce sont les capacités technologiques. Nous travaillons à ce que la technologie traite les paiements beaucoup plus efficacement qu’avant.

Tous ceux qui écoutent le balado entendent parler de chaîne de blocs, de registres distribués et de services bancaires ouverts. Pour le moment, notre objectif est d’appliquer ces concepts aux paiements internationaux pour faire profiter aux clients d’une transparence et d’une exécution améliorées qu’ils peuvent percevoir. Or, en ce moment, les paiements internationaux prennent un temps fou par rapport aux autres activités, et c’est absurde. Et ce n’est pas justifié. Voilà notre mission, en gros.

Justin Ferrabee: Excellent. Pourquoi les paiements? Vous êtes-vous senties appelées par la vocation des paiements? Êtes-vous entrées dans le secteur par hasard? Est-ce que quelqu’un vous y a poussées? Est-ce que… Pourquoi les paiements?

Shemina Jiwani: Je dirais que c’est par pur hasard. J’ai commencé ma carrière en me disant : « Je ne sais pas ce que je veux faire ». J’ai commencé chez Thomas Cook Financial Services, une entreprise très moderne qui, à l’époque, repoussait les limites : elle avait mis sur pied une plateforme en ligne alors qu’Internet n’en était qu’à ses débuts, à l’ère d’Internet commuté, pour vous donner une idée de mon âge.

Les paiements m’ont toujours passionnée parce ce qu’ils évoluent sans cesse et qu’il y a toujours de nouvelles possibilités, que ce soit un nouveau marché, un nouveau produit ou un nouveau mode de paiement. Ils ont tellement évolué pendant ma carrière, et ils continuent de se réinventer… Honnêtement, je pense qu’ils parviennent tout simplement à maintenir mon intérêt.

Elena Litani: Pour ma part, c’était plutôt les chaînes de blocs. J’ai commencé à m’y intéresser il y a environ cinq ou six ans. Je pense que l’arrivée des bitcoins a incité les gens à réfléchir à leur incidence majeure sur les paiements et le secteur dans son ensemble. À l’époque, j’étais employée par IBM. J’ai travaillé avec certains des premiers clients pour voir comment appliquer ces idées aux services financiers. Sont-elles applicables, et si oui, quelles en sont les répercussions?

Je suis alors passée à la Banque TD, où j’ai poursuivi dans la même voie, pour voir comment ces idées s’appliquent à l’annulation [inaudible 0 h 7 min 56 s], à l’émission d’argent par les banques centrales… D’où le projet Jasper. Mon parcours m’a amené à comprendre les irritants des paiements et les obstacles au progrès. Tout compte fait, ce n’est pas qu’un problème technologique. C’est/

Justin Ferrabee: C’est grand, c’est complexe, il faut tenir compte d’autres personnes/

Elena Litani: En effet. Il y a beaucoup de problèmes opérationnels à surmonter pour assurer le succès des paiements vu les grandes sommes d’argent en mouvement dans un pays. C’est donc de cette façon que je suis entrée dans l’engrenage et que j’y suis restée.

Justin Ferrabee: Alors vous êtes toutes très accomplies dans votre domaine. Vous avez cheminé par le secteur des paiements ou par une autre voie pour arriver jusqu’ici. Que vous a-t-il fallu pour vous rendre ici?

Jennifer Tramontana: Ce qu’il m’a fallu pour me rendre ici? C’est une question très vaste. Je pense qu’avant tout, ce qui sera toujours important et légitime dans tous les secteurs, mais surtout dans les milieux technologiques et novateurs, c’est d’être capable de voir ce qu’il y a sous nos yeux. D’être capable de voir et de comprendre qu’une chose vaut la peine qu’on s’y intéresse et de comprendre comment en assembler les morceaux. De voir où cela pourrait mener et de parvenir à y trouver sa place. Les paiements ont toujours été palpitants, comme on vient de le dire, puisqu’il s’agit d’un processus sans fin.

De mon côté, mon intégration au secteur des paiements a été un peu différente parce que j’habite maintenant aux États-Unis, même si je suis canadienne, et que mon entreprise a surtout desservi des entreprises américaines et quelques entreprises canadiennes. À nos débuts en 2005, les paiements, ou du moins les cartes prépayées, visaient à outiller une grande classe de citoyens sous-bancarisés et à améliorer leur autonomie et leur pouvoir financiers… D’ailleurs, nous avons fait de grandes avancées au cours des 10 ou 15 dernières années, et nous commençons à voir comment les choses pourraient changer à l’échelle internationale, comment elles peuvent vraiment… Le transfert transparent d’argent numérique peut absolument transformer des vies et tirer les gens de la pauvreté comme on ne l’a jamais imaginé.

Je pense que c’est la possibilité d’assembler les morceaux et de réfléchir d’avance qui maintient l’intérêt du secteur. Et aussi le fait de s’entourer de personnes et de mentors formidables, et d’entreprises éclairées qui enrichissent le secteur de manière réfléchie. Ce que je veux dire par là, c’est que les secteurs de la technologie et des services financiers en particulier regorgent d’entrepreneurs et de travailleurs qui débordent d’idées fantastiques et motivantes et qui font souvent les gros titres. Et si c’est parfois tout à fait justifié et véridique, d’autres fois, c’est du baratin. C’est pourquoi il faut vraiment s’assurer de connaître son sujet et de s’entourer de grands visionnaires qui sont aussi réfléchis, mesurés et préparés, et qui comprennent ce qu’ils disent.

Shemina Jiwani: Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites, et j’aimerais ajouter l’importance de concentrer ses efforts; sinon, on peut tanguer dans tous les sens. Comme vous dites, il y a tellement de personnes influentes sur tellement de sujets différents que si on se laisse aller, on peut naviguer d’un pôle à l’autre. C’est pourquoi je pense que le succès sourit à ceux qui concentrent leurs efforts, qui savent s’adapter, oui, mais qui planifient sans perdre pas de vue leur objectif. Je crois que c’est un point crucial qui fait défaut à certaines de ces entreprises qui disparaissent après trois, quatre ou cinq ans.

Elena Litani: Pour moi, personnellement, c’est de saisir de nouvelles occasions. Il arrive qu’on ne se sente pas tout à fait prêt, mais je crois que si l’on sent, au fond de soi, que l’on veut faire quelque chose, il faut foncer. Ne refusez pas l’occasion qui, à votre avis, va vous propulser, vous apporter quelque chose, vous élever ou encore approfondir votre compréhension ou vos connaissances.

Je pense qu’il s’agit aussi de croire en soi. Croire en soi et saisir les occasions… Je crois que c’est important pour avancer.

Jennifer Tramontana: Pensez-vous que c’est encore un problème pour les femmes, ou qu’on l’a surmonté? On entend souvent dire que les femmes attendent de se sentir vraiment prêtes avant d’entreprendre quelque chose, contrairement aux hommes, qui s’en moquent. Ils se disent : « Je me débrouillerai à mesure. » Qu’en pensez-vous? Pensez-vous que la situation s’améliore?

Shemina Jiwani: En fait, c’est drôle, parce qu’Elena et moi venons de participer au programme Rise Up de Money20/20, un accélérateur destiné aux femmes, et une des conférencières a alors dit avoir lu que les femmes doivent s’assurer de remplir au moins 80 % des critères d’une description de poste avant de postuler, contre, il me semble, 20 % des critères chez les hommes. Elle a alors blagué en disant : « Si l’entreprise leur plaît, ils postulent. »

Quand mon mari me dit : « Oh, j’aime l’entreprise. Je vais postuler. Le pire qui pourrait arriver, c’est qu’on me dise non. » Je lui répond : « Tu vas vraiment postuler pour ce poste? Mais tu n’as rien de tout ça! » Du couprs, je pense que c’est encore d’actualité. Je pense que, moi, cela m’a beaucoup aidé que des femmes, ou des hommes, c’est sans importance, me disent : « Écoute. C’est juste une question d’aptitude et de capacité, et tu peux réussir. » C’est d’ailleurs ce que m’a appris mon expérience hors du secteur des paiements; je ne connaissais rien à l’immobilier ou à la gestion hôtelière. On se débrouille grâce à ses aptitudes et à sa bonne attitude.

Je pense que les choses s’améliorent, peut-être parce que plus de personnes nous encouragent. Mais je crois tout de même que c’est une perception innée et que nous devons sortir de notre zone de confort pour y arriver.

Justin Ferrabee: Il y a donc tout de même eu des changements? En demandant si c’est encore le cas, vous faites clairement allusion à certains changements. Quels changements constatez-vous?

Jennifer Tramontana: En fait, on dirait… Du moins, on dirait qu’on en parle plus, mais de là à dire qu’on a franchi le fossé… Je ne sais pas. Je serais curieuse de savoir ce que les autres en pensent. Je veux dire, j’ai une fille de 10 ans et j’essaie d’imaginer quand elle sera à l’université ou d’ici 10 ans, quand elle va sortir de l’université et entamer sa première carrière. Est-ce qu’elle va se retenir, ou on aura assez parlé du sujet et inculqué la confiance à nos filles, ce que nos mères n’ont peut-être pas fait? À l’époque, personne n’abordait le sujet, ne s’en préoccupait ou n’y pensait, et je ne sais pas trop si nous sommes arrivées au but ou si c’est la prochaine génération qui le fera. Je ne sais pas.

Justin Ferrabee: Vous avez parlé de naviguer dans l’univers des paiements, qui est dynamique, en constante évolution et plein de rebondissements. Vous avez parlé de la capacité à y naviguer, c’est-à-dire de savoir où on s’en va et de planifier son propre parcours, d’obtenir l’aide nécessaire et de développer sa confiance en soi pour arriver à destination, ce que vous avez réussi à faire. 

Si vous considérez les entreprises de technologie financière en général, trouvez-vous que le secteur se distingue ou qu’il a créé des débouchés à sa manière dans le passé, ou qu’il est semblable à d’autres secteurs en ce qui concerne les possibilités et les défis des femmes?

Elena Litani: Bon, personnellement… Oui, je pense que le secteur de la technologie financière crée des débouchés parce qu’il peut se construire une culture à neuf. C’est beaucoup plus difficile de changer les choses dans une grande entreprise. Il faut faire beaucoup plus d’efforts que dans les entreprises de technologie financière, qui sont souvent de petite taille. Elles ont aussi tendance à être plus jeunes d’esprit et plus souples, et ouvertes au changement.

Par exemple, d’après ce que je vois à nanopay, la direction se soucie de la diversité, s’assure d’être inclusive, et elle en parle ouvertement. On en discute et on s’assure de fonder le développement de l’entreprise sur ces valeurs. Je pense que oui, vraiment, le secteur ouvre des portes, mais en même temps, les études publiées permettent de reconnaître qu’il y a certaines inégalités. Qu’il y a certaines… On voit encore beaucoup d’hommes blancs âgés à la haute direction des services financiers, et on ne voit pas tant de diversité liée au sexe, à la couleur et à l’ethnie dans les équipes de haute direction. Je pense que les études nous éclairent vraiment.

Récemment, j’ai jeté un œil à McKinsey & Company. En 2018, ils ont publié une étude qui confirme certaines de leurs observations faites il y a trois ans : en gros, ils ont constaté que les entreprises diversifiées obtenaient un meilleur rendement, surtout celles qui sont diversifiées au niveau de la direction ou de la haute direction.

Shemina Jiwani: Je suis d’accord avec vous sur l’idée qu’il est plus facile pour les entreprises de technologie financière d’engager des femmes, comme ce sont en général de petites entreprises. Mais je pense aussi que ces petites entreprises doivent parfois composer avec des ressources très limitées. Alors vous parlez de diversité, et c’est super que nanopay s’en soucie, mais je pense que beaucoup de petites entreprises se disent : « Bon. On a une cadence rapide. On a besoin de bons employés ». Et qu’elles ne portent pas attention à ce qu’elles écrivent dans les offres d’emploi, qu’elles ne portent pas attention aux formulations, ni même à quelque chose d’aussi simple que de masquer le nom sur les CV pour suivre un processus d’embauche vraiment impartial.

Ce sont de petites choses qui changent la donne, mais, à ma connaissance, les petites entreprises aux ressources très limitées n’y adhèrent pas totalement. En fait, il paraît que 50 % des postes d’entrée ou des échelons inférieurs sont occupés par des femmes; nous y sommes bien représentées, mais au niveau de la direction, le taux chute à 15 %. Je pense donc que les entreprises de technologie financière offrent des débouchés, mais qu’il faut creuser davantage pour comprendre pourquoi le taux passe de 50 % à 15 %. Serait-ce que les occasions sont ailleurs? Est-ce qu’aucun nouveau poste de direction ne s’ajoute parce que les cinq fondateurs de l’entreprise restent en place?

Je ne connais pas trop la situation, mais ce sont les questions qui me viennent en tête quand on parle des débouchés pour les femmes et qu’on se demande si le secteur de la technologie financière est plus prometteur.

Jennifer Tramontana: Oui, il y a deux gros problèmes en technologie financière. D’abord, il n’y a pas assez de sociétés ouvertes dirigées par des femmes. Parmi ce petit nombre, les femmes sont très peu représentées. Il y a Talbott Roche de Blackhawk Network, qui réussit très bien, mais les femmes se font rares.

Ensuite, c’est connu que les femmes ne reçoivent pas autant de capital de risque et d’investissement en capital que les hommes, ce qui expose tout le problème : les travailleuses ne manquent pas, mais c’est tout un défi de lancer sa propre entreprise et de démarrer avec une équipe complète. L’équipe de direction de mon entreprise est entièrement composée de femmes. On n’a jamais cherché de financement, mais je me demande ce qui se passerait si on essayait, vu les statistiques qu’on connaît. Ce sont deux points qu’on doit vraiment, vraiment améliorer.

Je pense souvent à la question que vous venez de poser sur ce qui se passe entre les deux. Les femmes quittent-elles le navire à un certain moment? Est-ce qu’on leur ferme des portes? Comment ça se passe? J’ai mes idées là-dessus, mais j’aimerais avoir votre avis. D’abord, du moins là où j’habite aux États-Unis, il y a des problèmes structurels majeurs qui expulsent les femmes du monde du travail. Quand elles ont des enfants, c’est difficile de réintégrer le milieu, par exemple. C’est plus facile au Canada, et quand j’y suis, je suis toujours très contente de voir une plus grande diversité en général qu’aux États-Unis, sur tous les plans, que ce soit lié au sexe, à l’ethnie, etc. J’ai l’impression qu’il y a vraiment une plus grande diversité ici.

Mais il y a beaucoup de problèmes structurels qui nuisent aux femmes, qui leur font obstacle. Je pense que les groupes de mentorat et de réseautage qui essaient de changer les choses, comme Women in Payments et Wnet, entre autres, peuvent enrichir le parcours des femmes et les empêcher d’abandonner quand leur carrière prend son envol, mais j’aimerais aussi savoir ce que vous en pensez.

Shemina Jiwani: Je pense qu’une partie du problème, c’est qu’on n’ose pas toujours demander. Moi, par exemple : avant le début du balado, je vous disais que nous avons adopté un garçon du Maroc. Il y a dix ans, jamais je n’aurais osé dire à mon patron : « Écoutez. Voici mon plan : j’aimerais travailler de là-bas. Ou encore, j’aimerais connaître votre point de vue. » J’aurais juste dit : « Je dois prendre un congé. Je vais m’occuper de mon retour au travail et voir quel poste je pourrai alors occuper. » Mais certaines conversations m’ont donné le courage de dire à mon patron : « Écoutez. Je travaille beaucoup, et j’aimerais continuer. Nous sommes sur une excellente lancée. Est-ce que je peux travailler de là-bas? Je vais y consacrer le même nombre d’heures qu’ici. Ce sera plus tard pour moi, mais je peux m’arranger. » Et c’est ce qu’on a fait pendant six mois.

Je pense qu’on devrait peut-être changer certaines des limites transmises depuis… Et on s’en impose aussi soi-même quelques-unes, n’est-ce pas? Il y a dix ans, ça ne m’aurait jamais traversé l’esprit de poser cette question. Je pense que les questions de conciliation sont plus faciles à résoudre quand on comprend ce qu’on peut faire. Par ailleurs, j’entends maintenant aussi beaucoup d’hommes dire qu’ils doivent quitter le bureau à 16 h pour aller chercher les enfants à la garderie.

Je pense et j’espère qu’au fil du temps, on verra de plus en plus de choses du genre, et qu’elles deviendront plus « acceptables ». Je mets des guillemets parce qu’à mon avis, ce sera la manière de travailler de l’avenir. Je crois que beaucoup de femmes devraient commencer à réfléchir à ces questions au lieu de prendre congé sans savoir ce qu’elles vont faire à leur retour. Comment les choses se présentent? On peut peut-être s’organiser. Est-ce que je vais travailler deux jours par semaine? À temps partiel? Est-ce que je peux travailler de chez moi trois jours par semaine? Comment les choses se présentent? Par ces réflexions, on contribue peu à peu à changer les choses et on fait progresser sa carrière plutôt que de la sacrifier à 100 % pour sa famille.

Elena Litani: Oui, et je pense que c’est une question épineuse. J’y réfléchis beaucoup, comme qu’on m’a toujours dit d’observer un problème sous toutes ses facettes, n’est-ce pas? De regarder les deux côtés de la médaille. Il n’y a pas assez de femmes ou de filles en technologie, en mathématique ou en science, et c’est un problème. Pourtant, quand on regarde le monde du travail, beaucoup de femmes font leurs débuts. Mais comme vous l’avez mentionné, à partir d’un certain point, elles se font de plus en plus rares.

De mon côté, j’ai trois enfants. Certains d’entre eux… L’aîné aura bientôt 30 ans, alors ils ne sont plus des enfants. Mais j’ai consciemment choisi de suspendre ma carrière, ou presque. J’ai convoité certains postes, mais pas nécessairement des postes stratégiques pour gravir les échelons, parce que je voulais consacrer plus de temps à mes enfants quand ils étaient jeunes et avoir plus de temps pour moi. Par contre, je pense que c’est important, pour les femmes comme moi qui, aujourd’hui… Il y a quelques années, je voulais réintégrer la course. J’en voulais, des postes stratégiques. Je voulais décrocher les postes intéressants et stimulants. Alors c’est important que les entreprises s’en rendent compte, qu’elles offrent des débouchés aux femmes qui veulent se rembarquer et prendre la barre, et qu’elles défendent leurs intérêts.

Justin Ferrabee: J’aime ce que vous dites. Vous avez surmonté des défis pour réaliser vos objectifs, et aujourd’hui, vous regardez derrière en vous demandant comment créer des débouchés pour la prochaine génération, pour les autres, afin qu’elles puissent se frayer un chemin sans affronter les mêmes obstacles. 

Qui étaient vos modèles et quel a été leur rôle dans votre parcours?

Elena Litani: Ce n’est pas facile de répondre parce qu’on n’avait pas vraiment de modèles. Je travaillais en technologie. Il n’y avait pas beaucoup de femmes, mais dans les dernières années, j’ai rencontré plusieurs femmes brillantes, inspirantes et novatrices au Canada. Même si la plupart d’entre elles sont plus jeunes que moi, elles sont devenues mes modèles tellement elles sont motivées, brillantes et intelligentes. J’aimerais mentionner, entre autres, Bianca Lopes. Elle est une vraie entrepreneure, une influenceuse des questions d’identité et une conférencière, qui vient de lancer sa nouvelle entreprise, Talle. Elle se consacre surtout à la création de contenu numérique d’actualité et à la transformation d’informations en connaissance.

Il y a aussi Lucia Gallardo. On l’a rencontrée à Rise Up, n’est-ce pas? Elle a cofondé Emerge et travaille à atteindre les objectifs de durabilité et de développement de [inaudible 0 h 24 min 44 s]. Par exemple, elle se sert des nouvelles technologies pour résoudre les problèmes de réinstallation des réfugiés. Comment faire pour que les réfugiés puissent être réinstallés ici avec succès, sans devenir un problème? Elle s’apprête aussi à lancer un produit, ce qui est formidable.

Au Canada, il y a aussi Michelle Beyo, qui a reçu dernièrement le prix Rising Star, que Paiements Canada décerne à une femme de moins de 40 ans. Elle met sur pied de nouveaux systèmes de paiements et stimule l’innovation dans le secteur. Je pense qu’au fil de ma carrière, en travaillant avec un grand nombre de personnes, j’ai rencontré plusieurs jeunes personnes motivantes et intéressantes qui m’ont transformée et influencée.

Shemina Jiwani: Lucia est vraiment héroïque dans son travail avec les réfugiés, mais d’un point de vue plus superficiel, Sallie Krawcheck est une autre femme incroyable. Elle a si souvent été à l’avant-garde… Sa carrière a pris tellement de virages avant-gardistes pour les femmes, mais surtout, aujourd’hui, elle a un auditoire et parle au nom de toutes les femmes.

Récemment, elle est apparue au Today Show with Trevor Noah pour parler des différences entre les hommes les femmes, et je me suis dit : « Merde! » Ça ne se dit peut-être pas dans un balado, mais/ 

Justin Ferrabee: On a dit des choses bien pires. 

Shemina Jiwani: Je me suis retenue, si cela peut vous consoler. Mais bon, elle parle à Trevor Noah, dans une émission de télévision grand public, des différences entre les cadres masculins et féminins, et moi, ça m’a tellement inspirée de voir quelqu’un comme elle participer à une émission grand public. Elle a cofondé Ellevest, une entreprise de consultation financière numérique conçue pour les femmes, puisque notre profil d’investissement n’a rien à voir avec que celui des hommes. Je l’ai entendue parler, et je l’ai trouvée profondément inspirante. Elle dit les vraies choses et elle est vraiment un grand modèle pour moi en ce moment.

Je ne me souviens pas d’avoir eu un vrai modèle à suivre quand j’étais jeune. Je pense… Mes parents étaient des immigrants, alors j’ai vu à quel point ils ont travaillé fort. Ils ont saisi des occasions malgré leurs ressources très limitées, et je pense que cela a toujours joué en ma faveur, mais pour ce qui est des femmes dans le secteur des paiements, c’est Sallie qui gagne haut la main.

Jennifer Tramontana: Bon, je vais juste… Comme on ne fait que mentionner quelques personnes, j’aimerais en nommer quelques-unes de plus. L’une d’entre elles… Je pense que c’est très important, dans ce balado de Paiements Canada, de mentionner la nouvelle présidente de votre conseil, Eileen Mercier. Elle est à la tête de la modernisation des paiements au pays, et même si son nom n’est peut-être pas connu de tous, c’est une femme qui dirige la transition vers l’avenir, et je pense que c’est très encourageant de voir une femme tenir la barre.

Justin Ferrabee: Nous sommes tout à fait d’accord. Vous avez affronté le nouvel univers dynamique de la technologie des paiements. Vous avez dû frayer votre propre chemin. Il n’y avait pas de modèles. Souvent, c’est vous qui êtes les modèles de la prochaine génération, et aujourd’hui, vous trouvez des pairs ou d’autres personnes qui vous inspirent. Quel rôle jouent Rise Us aux États-Unis et Women in Payments au Canada, et dans le monde aussi, dans la création d’espaces propices à l’émergence de modèles et à l’établissement de relations? Qu’est-ce qui s’opère, et à quel point ça porte ses fruits?

Shemina Jiwani: Pour moi, ça a tout changé. Je suis une femme solitaire dans l’équipe de haute direction d’Ascendant, que j’appelle une tribu parce que cette tribu de femmes très ambitieuses peut me comprendre comme personne d’autre dans mon milieu. On parle de tout, de la conciliation travail-famille au fonctionnement d’une application de chaînes de blocs, en passant par : « J’aurais besoin d’une personne-ressource dans telle région. » Ou alors : « Il y a une occasion de parler en public. Des intéressées? »

Nous sommes devenues une… tribu. Franchement, je ne trouve pas de meilleur mot pour nous décrire. Et cette tribu a transformé ma carrière parce qu’elle m’a vraiment ouvert l’esprit. Elle m’a vraiment donné confiance comme seules des femmes qui me soutiennent et qui me comprennent vraiment peuvent le faire et… Je souhaite la même chose à tout le monde, à toutes les femmes du secteur.

Jennifer Tramontana: Je pense qu’on devrait donner de l’ampleur à Rise Up. En 2018, 35 personnes ont y ont participé dans le cadre de Money20/20, et je ne veux pas en diminuer le mérite, mais on devrait s’arrêter une seconde et se dire : « Il y avait 35 personnes. Pourquoi pas 3 000, en 2019? » Il faut déterminer comment… Déterminer ce qu’on en fait maintenant.

Toutes les personnes que je connais qui y sont allées comme conférencières ou participantes ont dit que c’était extraordinaire. Alors maintenant, comment faire grandir le mouvement? Carol Grunberg, de Ant Financial, est actuellement la présidente de Wnet, alors je sais que l’événement pourrait très bien prendre de l’ampleur, mais comme vous le disiez, comment fait-on décupler l’envergure d’un événement, d’un groupe miniature?

Cela dit, c’était incroyable de voir qu’au moins, les gens commencent à s’intéresser à la question. Maintenant, je remarque qu’aux congrès, on mentionne qu’il y a, disons, 40 % de femmes parmi les conférenciers. Ce sont des choses auxquelles personne ne pensait avant. Les femmes n’étaient pas exclues, mais aujourd’hui, on va plus loin.

Une des choses que j’aimerais dire à tous les hommes du secteur à propos du soutien des femmes, c’est de creuser davantage. Quand vous cherchez un conférencier ou un nouvel employé, ou qui que ce soit, dans votre grand réseau, il y a sûrement beaucoup de grands hommes accomplis dont la carrière a progressé en ligne droite. Creusez un peu plus… Ne vous arrêtez pas là. Creusez un peu plus pour voir si vous pouvez trouver d’autres personnes, comme des femmes ou des personnes ayant d’autres parcours ou d’une autre ethnie, dont la carrière a peut-être eu des hauts et des bas. Faites ce petit pas et donnez à tout le monde une chance de réussir, parce qu’on passe à côté de bien de perles rares quand on se laisse aller à la paresse de ne chercher que dans son cercle immédiat. On trouve une solution, puis on passe à autre chose. Je suis sûre qu’on peut s’améliorer sur ce point.

Elena Litani: Je suis d’accord, et j’aimerais ajouter que c’est important de [inaudible 0 h 31 min 7 s] le programme Rise Up et vous avez raison. Il faut lui donner de l’ampleur. Mais je pense que le cœur de l’événement, c’était la formidable occasion de créer des liens. Si on le répétait… Prenons par exemple une grande entreprise. On pourrait reproduire l’expérience, en une demi-journée. On rassemble toutes les femmes dans une salle, la haute direction comme les jeunes employées, et on leur présente une formation, tout en les laissant aussi discuter entre elles.

Je pense qu’une des activités les plus importantes a été de s’asseoir et de parler de notre vécu. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’on est toutes pareilles, même si certaines viennent d’ailleurs, n’est-ce pas? Au-delà du pays d’origine, de l’expérience et de l’âge. Certaines étaient vraiment jeunes, d’autres, assez âgées, mais tout le monde dans la salle avait vécu des choses similaires, tout le monde avait affronté les mêmes défis. En discutant de ce genre de choses, on se rapproche, on crée un nouveau réseau, on tisse des liens, et alors, la clé, c’est de poursuivre cette lancée et de donner au suivant.

Je pense que c’est surtout ce que j’en ai retiré. Cela dit, on ne s’est pas arrêtée là, n’est-ce pas? On continue d’en parler. On essaie de s’entraider, et c’est important, de parler et de s’entraider.

Jennifer Tramontana: Je pense qu’on devrait mettre Paiements Canada sur la sellette et lui dire qu’au SOMMET de cette année, elle doit organiser une demi-journée ou une période à la Rise Up. Les femmes pourraient se rencontrer, recevoir du mentorat… se rencontrer et partir de là... Si Money20/20 l’a fait, pourquoi le SOMMET ne le ferait pas?

Justin Ferrabee: C’est comme si c’était fait.

Jennifer Tramontana: Super!

Shemina Jiwani: Excellent. Oui, et on va vous aider à l’organiser. Les aspects compliqués. Et c’est parti!

Justin Ferrabee: Eh bien, j’étais sur le point de dire que vous deviez nous aider à le faire, alors c’est entendu. L’accord est conclu. D’accord. C’est la toute première fois que je conclus un accord pendant un balado, ici et maintenant!

Shemina Jiwani: Les femmes sont des gens d’action.

Justin Ferrabee: Avec vous, les choses avancent.

Jennifer Tramontana: Amen!

Shemina Jiwani: J’aimerais ajouter deux choses à ce sujet. Premièrement, j’ai remarqué qu’il y a divers programmes pour les hauts dirigeants, mais à ma connaissance, il n’y a pas tant de programmes ni de moyens qui permettent aux femmes en début de carrière de réseauter et de se renseigner sur la suite des choses, de parler de mentorat et de l’importance du parrainage et des mentors, ce dont on a tous parlé. Je pense qu’il faut combler cette grande lacune, parce que je ne veux pas que le taux passe de 50 % à 15 %. Et je pense que c’est une des manières de régler le problème.

La deuxième chose à laquelle je pense, c’est le coût. Une bonne partie des occasions ont un prix. Supposons que vous avez une entreprise de technologie financière au budget limité et qui ne fait pas fortune comme prévu. Allez-vous vraiment investir 2 000 $, 200 $ ou même 50 $ pour créer un réseau ou adhérer à un réseau?

Il faut donc trouver ce qu’on peut faire pour les entreprises et les femmes qui n’ont pas les moyens de se joindre à des réseaux ou d’en devenir membres, parce qu’à mon avis, les personnes qui n’y ont pas accès pourraient autrement devenir les leaders de demain.

Justin Ferrabee: C’est un excellent point. Les personnes exclues dès le départ n’ont aucune chance de gravir les échelons. C’est vraiment un excellent point. Si on regarde… Bon, avec vos lunettes de dirigeantes, comment envisagez-vous l’avenir du secteur des paiements? Disons, dans dix ans, et nous sommes en 2019, donc en 2029, même si ça semble être dans une éternité. Je ne sais même pas si on peut imaginer la situation si loin devant. Essayez.

Jennifer Tramontana: Je dirais que dans 10 ans, les services bancaires ouverts, je l’espère, seront offerts et bien exécutés partout dans le monde, et pas seulement dans quelques centres, parce que les paiements seront alors beaucoup plus transparents pour tout le monde. Les gens auront ainsi un meilleur accès à leur propre identité numérique et plus de contrôle sur leurs renseignements, ce qui va donner lieu aux meilleurs produits et services possible : des produits et services équitables, transparents, sûrs et qui correspondent aux besoins des consommateurs. C’est ce qui arriverait sans les barrières structurelles et les fossés qui compliquent beaucoup les choses aujourd’hui.

Elena Litani: Je suis tout à fait d’accord. Les services bancaires ouverts, les API ouvertes, c’est la clé. Par contre, on a aussi mentionné les paiements en temps réel. Ils sont implantés ailleurs, comme en Europe ou au Royaume-Uni. Implantons-les au Canada.

Justin Ferrabee: C’est entendu.

Shemina Jiwani: Je pense que les paiements vont devenir quelque chose de banal, de normal. Ils feront simplement partie d’un tout, n’est-ce pas? Alors il va falloir innover et dire que les paiements font partie de ce qu’on fait. Mais tout le monde offre des systèmes de paiements, et tout le monde le fera de la même manière. Ce ne sera pas… En ce moment, une entreprise peut facturer 10 $ pour un paiement, et une autre, 50 cents, mais ça deviendra la même chose pour tout le monde. Il y aura des normes. Il y aura des paiements instantanés, et je pense que toutes les entreprises de technologie de paiements devront vraiment déterminer la prochaine étape pour générer des revenus et se différencier.

Justin Ferrabee: À votre avis, quelle est la prochaine étape?

Shemina Jiwani: Si je le savais, je serais à la retraite.

Justin Ferrabee: Eh bien, vous la trouverez; je suis sûr que vous allez voir et saisir l’occasion.

Shemina Jiwani: Je pense qu’il y a tout un tas d’occasions. Plusieurs segments ont encore tellement d’irritants, et on en rit, parce qu’on fait les choses de la même manière depuis tellement longtemps. Alors je pense que les entreprises de technologie de paiements peuvent s’intéresser à toutes sortes d’applications pour les divers segments, et que c’est de là qu’elles vont tirer une partie de leur revenu. C’est mon secret que je viens de vous révéler.

Justin Ferrabee: Super. Merci. Alors chacune de vous s’est frayé un parcours professionnel, ce qui n’a pas été de tout repos, et tandis que certaines femmes essaient de tracer leur propre chemin, d’autres vont suivre dans vos pas. Vous avez reçu plus d’appui récemment que par le passé, alors vous êtes épaulées.

Comme dernier commentaire aujourd’hui, quel conseil donneriez-vous aux femmes qui vous succèdent?

Shemina Jiwani: Je leur dirais avant tout que quand on commence sa carrière, on trouve que la question de l’équité entre les hommes et les femmes, ce n’est pas grand-chose. Dans ma vingtaine, je me disais : « Je ne vois pas de quoi on parle. Je n’ai pas moins de débouchés que le gars d’à côté. Je suis dans la vingtaine : je peux foncer, voyager, faire tout ce que je veux. »

Et puis, dans la trentaine, on se dit : « Oh, d’accord. Je vois de quoi on parle. Je veux fonder une famille, oui, je comprends. » Vient la quarantaine, et on se dit : « Je veux défendre les intérêts de toutes les femmes. » C’est ce que Sallie Krawcheck nous a dit, et je me disais alors : « Mon Dieu! C’est exactement ce que je vis. »

La première chose que je dirais aux femmes qui démarrent leur carrière, c’est que le secteur de la technologie financière est extraordinaire et qu’il offre d’énormes possibilités aux femmes qui veulent les saisir. Mais trouvez-vous un mentor de sexe féminin. Bâtissez un réseau de femmes, car plus vous montez les échelons, plus vous vous sentirez seule. Je pense que, dans notre domaine, le fait d’avoir un tel réseau multiplie les chances de gravir les échelons, mais que les gens n’en prennent pas vraiment conscience avant d’en avoir besoin.

Mon deuxième conseil serait de prendre des risques, comme le disait Elena. Personnellement, les risques ont joué en ma faveur. Les situations les plus profitables ont été celles où je ne savais pas pourquoi je me lançais dans quelque chose, où je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je pense que les femmes, nous sommes moins… Nous sommes très peu enclines au risque. Osez vous mettre dans ces situations, faites le saut.

Elena Litani: Wow. Excellent. J’aimerais juste ajouter qu’à mon avis, les femmes qui montent à l’échelon intermédiaire devraient se trouver un parrain ou une marraine parce que le parrainage, c’est important. Il s’agit d’une personne haut placée qui peut vous sortir d’une mauvaise passe, vous défendre à l’occasion et parler depuis une tribune à laquelle vous n’avez pas encore accès.

J’aime le concept de conseil d’administration personnel. Il faut commencer à se construire un réseau de personnes de confiance à qui on peut demander conseil et expliquer ses idées. Alors commencez à y réfléchir et à vous tisser un réseau sans tarder pour qu’il soit déjà en place quand vous en aurez besoin.

Je pense que la clé, c’est d’avoir confiance en soi. C’est important d’être conscient que même les crises, et tout le monde en traverse, sont des occasions à saisir. Il faut les voir d’un œil positif, en tirer des leçons. On sort de la crise en ayant appris quelque chose.

Jennifer Tramontana: Ce sont tous d’excellents conseils. La seule chose que j’ajouterais, pour quelqu’un qui lance sa carrière dans les paiements ou ailleurs, c’est de se prendre en main et de voir grand. En plus de l’assurance, il faut inculquer… On doit inculquer à nos filles qu’elles sont capables, intelligentes et réfléchies. Préparez-vous, connaissez votre sujet, lisez, mais ce n’est pas nécessaire d’être la plus intelligente de toutes, de tout savoir et d’être la plus fonceuse du lot. Réunissez toutes ces qualités et acceptez vos propres capacités pour ce qu’elles sont sans vous soucier d’être la meilleure en tout et allez-y, foncez!

Et puis, voyez grand. À ma connaissance, on ne prend pas le temps de dire aux femmes de voir grand et de prendre les devants. On leur dit bien de choisir les STIM, parce que tout le monde en connaît l’importance, mais on leur dit seulement de choisir les STIM, d’acquérir des compétences, n’est-ce pas? Personne n’encourage vraiment les femmes à sortir des sentiers battus, à amasser des fonds, à investir du capital de risque à Silicon Valley pour réaliser leurs idées prodigieuses. C’est ce que font tous les autres. Personne n’a de réponse à tout, alors foncez, et ne pensez pas qu’aux petits progrès de votre carrière. Vraiment, pensez toujours à ce que vous pourriez faire de stimulant pour faire bouger les choses. Peut-être que vous ne le ferez jamais, mais si vous y réfléchissez, ce sera profitable dans toutes les facettes de votre carrière.

Justin Ferrabee: Wow. Excellent. Merci. Merci d’avoir été des nôtres aujourd’hui. Merci de nous avoir fait part de votre vécu et de votre expérience. Merci pour tout ce que vous avez fait, et merci d’ouvrir des portes aux autres.

Ce balado a été une précieuse occasion d’en savoir plus sur les projets emballants menés par des femmes, de mieux comprendre ce qu’on fait bien et, surtout, de comprendre comment mieux appuyer les femmes qui font bouger les choses et modernisent le secteur.

Comme toujours, PayPod peut être téléchargé sur votre application de baladodiffusion préférée ou à paiements.ca. Participez aux discussions en ligne en tapant #paiementsmodernes. Ici votre animateur, Justin Ferrabee, qui vous dit à la prochaine.