Interviews

Au-delà de la technologie : comment la culture façonne la modernisation des paiements

La modernisation des systèmes de paiement n’est pas seulement une question de technologie, mais aussi de personnes, de valeurs et de culture.

Au cours de cette causerie au SOMMET 2025 de Paiements Canada, Kristina Logue, chef des finances à Paiements Canada, a rencontré Jane-Renee Retimana, dirigeante principale de la stratégie et de l’innovation à Paiements NZ, pour explorer comment l’identité culturelle, y compris le rôle unique des cultures autochtones en Aotearoa (Nouvelle-Zélande), façonne la gouvernance, la confiance et le succès de la modernisation des paiements. Ensemble, elles discutent de la façon dont la prise en compte significative du contexte culturel unique dans leurs territoires respectifs favorise une meilleure adoption et une plus grande inclusion, et crée des systèmes de paiement qui servent vraiment les collectivités pour lesquelles ils ont été créés.


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Headshot Jane-Renee Retimana
Jane-Renee Retimana
Chef de la stratégie et de l’innovation
Payments NZ

L’approche de la Nouvelle-Zélande à l’égard de l’inclusion culturelle des Maoris a été reconnue à l’échelle internationale, en particulier pour ce qui est des valeurs comme l’hospitalité et la protection de l’environnement. Comment ces influences culturelles ont-elles façonné votre stratégie de modernisation des paiements?
La culture maorie est profondément ancrée dans notre culture en Aotearoa Nouvelle-Zélande et se reflète également dans la manière dont le secteur des services financiers fonctionne, y compris la modernisation des paiements. Nombreux dehors de Aotearoa sont sont étonnés de voir à quel point le biculturalisme est enraciné dans le secteur. Les grandes institutions, y compris nos plus grandes institutions financières, la banque centrale et Payments NZ, ont adopté une stratégie ou une vision du monde issue des Maoris qui oriente aspects de leur travail.

À Payments NZ, notre stratégie maorie s’inscrit dans le cadre de notre stratégie d’entreprise. Notre stratégie maorie s’appelle Tō Mātou Haerenga, ce qui signifie « Notre parcours » et vise en particulier à appuyer la représentation maorie et le rangatiratanga, qui consiste en « l’autodétermination » au sein du réseau des paiements. Les valeurs comme le kaitakitanga (la préservation) et le manaakitanga (l’hospitalité) ne sont pas seulement symboliques; elles façonnent nos activités au quotidien. Nous débutons les réunions par des pratiques culturelles qui créent un espace inclusif et donnent la priorité à l'établissement de relations et la collaboration, qui sont au cœur de la manière dont nous progressons en tant qu'industrie en réseau. J'observe que les banques et les entreprises de technologie financière intègrent de plus en plus les valeurs maories dans leurs activités, non seulement d’un point de vue culturel, mais aussi parce que l’économie maorie est l’une des plus florissantes en Aotearoa. Certaines banques ont également reconnu leur rôle historique dans les politiques coloniales et cherchent maintenant à établir des partenariats qui soient plus axés sur la collaboration et tournés vers l’avenir.

Ces valeurs influencent aussi nos stratégies de modernisation. Nous avons intégré les principes maoris relatifs à la souveraineté des données, semblables aux principes autochtones relatifs aux données au Canada, dans nos lignes directrices sur les directives de traitement des données du système bancaire ouvert, qui s'appelle Ngā Tohu Ārahi. Ceux-ci fournissent un cadre éthique et culturellement ancré pour la gouvernance des données, qui s’articule autour des personnes, et pas seulement des systèmes. C’est une façon de nous assurer que la modernisation reflète notre identité nationale, et place les personnes au centre de notre conception et de notre gestion continue.

La notion de confiance est très ancrée dans la culture maorie. Est-ce que cela exerce une influence lorsque Payments NZ cherche à trouver un équilibre entre l’innovation et le risque?
Nous faisons face aux mêmes enjeux que tout le monde en matière de confiance, mais le secteur des paiements ici a toujours été très collégial et axé sur la coopération. L’une des valeurs que nous mettons de l’avant, comme je l’ai déjà mentionné, est le rangatiratanga — « l’autodétermination » — qui s’harmonise à notre structure. Contrairement à Paiements Canada, Payments NZ n’est soumis à aucune législation. Nous sommes une association de paiement autonome et nous pensons que la conception et le développement dirigés par l’industrie conduisent à de meilleurs résultats pour les clients et les entreprises. Ce dynamisme et ce fort sentiment de collaboration émanent directement de notre secteur.

En tant que marché de plus petite envergure, l’interopérabilité est essentielle si nous voulons croître. Aucun acteur individuel n’a une portée suffisante pour réussir seul, contrairement à la situation aux États-Unis, avec les marchés plus grands. Ce besoin de collaboration est à l’origine d’initiatives de développement culturel telles que la création de notre Centre API pour promouvoir l’open banking piloté par l’industrie. Nos efforts en matière de services bancaires faisaient partie de notre stratégie de modernisation et de notre philosophie culturelle axée sur l’autodétermination. Certains pensent que les banques ont résisté, mais en fait, elles ont adhéré au projet, et ont financé la plus grande partie du projet et continuent de payer des frais importants à mesure que des tierces parties se joignent au projet.

Une grande partie de notre innovation provient de groupes de travail, qui ont fait preuve d’une collaboration ascendante entre professionnels. En maori, nous appelons cela le wananga — « un espace pour partager des idées » — où nous faisons ressortir les meilleures. C’est ainsi que des initiatives comme notre centre d’API et nos systèmes de paiement ont vu le jour. Ce même modèle, cependant, peut ralentir certains secteurs en raison du temps qu’il faut pour établir un consensus.

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Jane-Renee Retimana and Kristina Logue on teh idea Exchange stage

Compte tenu de l’assise culturelle solide qui guide votre stratégie de paiement en Nouvelle-Zélande, comment abordez-vous la question de l’interopérabilité lorsque vous devez interagir avec d’autres territoires? Devez-vous adapter votre feuille de route pour tenir compte des différentes préférences et pratiques culturelles à l’échelle mondiale?
Il faut respecter la culture de chaque endroit où l’on mène des activités. Nous avons vu des acteurs étrangers éprouver de la difficulté en Aotearoa parce que les solutions qui fonctionnent ailleurs ne se fonctionnent pas nécessairement ici. L’important, c’est la façon dont les gens interagissent et ce dont les clients ont besoin. J’aime ce que dit le Dr Scott Farrell, un Australien qui a beaucoup travaillé sur le système bancaire ouvert et les droits des données des consommateurs, à propos de la culture, des paiements et des systèmes bancaires ouverts. Il a souligné à quel point nous abordons les choses différemment en Aotearoa, la culture dictant en grande partie notre façon de fonctionner. Chaque système de paiement doit s’adapter à son propre contexte culturel; on ne peut pas simplement faire un copier-coller de ce qui se fait à d’autres endroits.

Cependant, le fait est que nous apprenons des autres. Nous avons utilisé les premières versions de la norme technique du système bancaire ouvert du Royaume-Uni et la méthode de la Réserve fédérale américaine pour classer les fraudes, tous les deux très utiles et dont le code source est libre. Mais la façon dont vous organisez votre réseau et exploitez votre système doit refléter votre propre pays, vos gens et votre façon de faire des affaires. Certaines solutions importées fonctionnent, d’autres pas.

Le Canada est souvent regroupé avec les États-Unis, malgré des différences culturelles marquées, ce qui a aussi tendance à se produire avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Quelles sont les principales différences culturelles entre les deux pays, particulièrement en ce qui a trait à la façon dont elles ont influencé votre système de paiement et votre approche en matière de mise en œuvre?
Nous ne sommes pas des Australiens, et ils ne sont pas des Néo-Zélandais. Sur le plan culturel, nous sommes très différents. Nous sommes décontractés, encore plus qu’ils ne le sont. Nos cultures autochtones sont également très différentes. Du point de vue des paiements, nos quatre plus grandes banques appartiennent à des intérêts australiens, ce qui peut constituer un point sensible, surtout compte tenu de leur rentabilité et de l’argent qui s’en va en Australie. Bien que ces banques opèrent ici et qu’elles emploient des gens formidables, cela crée une dynamique particulière. Nous n’avons pas suivi l’approche de l’Australie en matière de paiements. En fait, leur nouvelle plateforme de paiements en temps réel (NPP) est perçue négativement en Nouvelle-Zélande, principalement en raison de son coût élevé, de sorte que personne ne veut la reproduire ici. Nous sommes aussi plus attentifs à la question des coûts. Cela fait partie de notre culture du « câble numéro huit », une notion d’éthique néo-zélandaise qui consiste à faire plus avec moins.Les premiers colons ont apporté le fil de fer numéro huit en Aotearoa et depuis, nos habitants ruraux en particulier ont utilisé le fil de fer numéro huit pour tout réparer, et cette mentalité façonne toujours notre façon d'innover. Mais dans le secteur des paiements, nous sommes à un tournant; parfois, nous nous servons encore d’une solution de type « câble numéro huit », mais nous devons aussi faire un plus grand bond numérique vers l’avant si nous voulons favoriser l’autodétermination pour les banques, les entreprises de technologie financière et la collectivité en général.

Nous mettons également l’accent sur l’accessibilité, en particulier pour les utilisateurs âgés et les personnes ayant une déficience auditive ou visuelle. Même si nous ne créons pas nous-mêmes des produits, nous visons à créer un environnement qui favorise une innovation plus rapide et plus inclusive grâce à la capacité des paiements numérique.


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