Interviews

Système de défense fondé sur les données contre les tendances mondiales en matière de fraude liée aux paiements

À mesure que la complexité et l’ampleur de la fraude liée aux paiements continuent d’évoluer à l’échelle mondiale, les infrastructures et les institutions financières doivent s’adapter avec rapidité et intelligence.

Au SOMMET de 2025, Omotola Adogba, analyste des activités, Gestion de la fraude à Paiements Canada, a rencontré Phillip Straley, président de FNA, pour échanger des idées sur la dynamique changeante de la fraude liée aux paiements à l’échelle mondiale et sur l’importance croissante des approches de défense axées sur la collaboration et les données.


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Phillip Straley headshot
Phillip Straley
Président
FNA

Au cours des cinq dernières années, nous avons constaté une augmentation énorme des paiements numériques et de l’interconnexion des systèmes dans le monde. Quelles nouvelles vulnérabilités voyez-vous dans les marchés et que devrions-nous surveiller au Canada?
Les fraudeurs sont très intelligents, ont accès à beaucoup de ressources et font un très bon usage des nouvelles technologies, qu’il s’agisse de l’IA générative, de FraudGPT ou d’autres technologies. Ils créent de nouveaux scénarios d’escroqueries fondés sur la romance, les investissements et la confiance du public envers le gouvernement. Avec l’avènement des systèmes de paiement instantané, il est également beaucoup plus facile et rapide pour les fraudeurs de sortir de l’argent du système une fois leur escroquerie commise. Auparavant, il aurait peut-être fallu deux, trois ou même cinq jours pour que l’argent soit retiré du système après qu’une fraude par paiement initié par le payeur autorisé se soit produite. De nos jours, cela ne prend souvent que quelques heures. Quand on commence à tenir compte des paiements transfrontaliers ou de la conversion des cryptomonnaies, ces transactions deviennent encore plus difficiles à suivre et à retracer.

FNA joue actuellement un rôle clé dans l’infrastructure de paiement et de fraude bancaire de la Malaisie. Qu’est-ce qui distingue la Malaisie? Qu’est-ce qui fait en sorte que d’autres pays veulent l’imiter?
La Malaisie a mis sur pied le National Scam Response Center (NSRC), un centre de services partagés situé au sein de la banque centrale du pays. Les banques, les fournisseurs de portefeuille électronique et les organismes nationaux d’application de la loi sont tous regroupés dans un même bureau pour coordonner leurs interventions en cas d’escroquerie et de fraude. Le NSRC est l’un des nombreux centres nationaux de partage des locaux. Ce qui distingue la Malaisie, c’est qu’elle passe à l’échelon supérieur : elle a mis en place un utilitaire technologique commun qui peut soutenir le NSRC et d’autres utilisateurs au sein des institutions financières. Cet utilitaire central, ou « portail de gestion de la fraude », comprend un registre central des fraudes ou un référentiel de données, une fonction d’automatisation de la gestion des cas entre les institutions financières et une fonction de suivi et de repérage en temps réel qui relie plusieurs systèmes de paiement. Aujourd’hui, lorsqu’une escroquerie se produit, le logiciel de FNA est installé sur huit ou neuf systèmes de paiement différents qui rendent les transactions visibles à toutes les institutions financières en temps réel tout au long de la chaîne de blanchiment d’argent. Avant que les capacités de suivi, de repérage et de gestion des cas en temps réel ne soient disponibles, moins de un pour cent des fonds frauduleux étaient retournés aux victimes. Maintenant que l’infrastructure partagée est en place, ce pourcentage est passé à 30 pour cent. Dans les cas où le problème est signalé en quelques heures, on parle de près de 100 pour cent.

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Philip Straley and Omotola Adogba on stage at The 2025 SUMMIT

En prévision de l’arrivée prochaine des paiements en temps réel au Canada avec le système de paiement en temps réel (le système de PTR), quelles recommandations avez-vous pour le Canada afin d’améliorer la détection de la fraude et le système de défense contre la fraude?
Tout d’abord, je tiens à féliciter Paiements Canada et les partenaires de mise en œuvre du système de PTR pour leur approche de la mise en œuvre de la technologie de lutte contre la fraude partagée pour l’industrie dès le premier jour du lancement du système de PTR. À ma connaissance, les autres territoires ne l’ont pas fait et l’ont regretté après avoir vu une augmentation du nombre d’incidents de fraude. Bien entendu, les systèmes de paiement plus rapides ne sont pas la cause des escroqueries, mais ils peuvent contribuer à les amplifier. Le fait de prendre les devants est une approche que je recommanderais à tout territoire qui élabore un système de paiement en temps réel.

Après le lancement du système de PTR, je dirais que l’une des prochaines solutions que le Canada devrait envisager est une capacité de suivi et de repérage en temps réel. Je pense aussi qu’une infrastructure technologique partagée, comme le NSRC en Malaisie dont j’ai parlé plus tôt, peut aider à accélérer les interventions en cas de fraude. Le fait de réunir un groupe représentatif d’experts en personne dans une même pièce fait une grande différence.

Comment envisagez-vous la contribution de l’IA et de l’analyse fondée sur la simulation à l’avenir de la sécurité des paiements à l’échelle mondiale?
Les modèles basés sur l’apprentissage automatique qui utilisent des données au niveau du réseau dans tous les systèmes de paiement peuvent permettre de faire d’importantes contributions. Les solutions de flux de travail peuvent permettre aux institutions financières de coordonner leur réponse aux attaques, qu’elles soient autorisées ou non, de façon rapide et automatisée. Le repérage de l’argent permet également aux institutions financières de geler rapidement des fonds et des comptes de sorte que, à peine 15 minutes après le signalement d’une escroquerie, elles peuvent geler des fonds avant qu’ils ne sortent du système.

De toute évidence, il y a beaucoup de choses que la technologie ne peut pas faire, alors la sensibilisation du public est également essentielle. Si vous êtes victime d’une escroquerie, assurez-vous d’appeler votre banque ou une ligne d’assistance nationale, s’il y en a une. Si le signalement est effectué assez rapidement, dans bien des cas, l’argent est gelé et, au bout du compte, récupéré. Je vous suggère également de faire part de votre expérience à vos proches. Un geste aussi simple peut amener les autres à réfléchir à deux fois avant de choisir à qui ils envoient de l’argent.


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