Épisodes de podcasts

Épisode 37 : Un monde de paiements : histoires nationales, impact mondial

Revenant sur une table ronde du SOMMET 2025, Kristina Logue, chef des finances de Paiements Canada, s'entretient avec des leaders mondiaux de l'industrie à l'avant-garde de la transformation des paiements. Ils partagent les innovations, les défis et les étapes clés de la modernisation des systèmes de paiement à l'échelle nationale dans leurs pays respectifs.

Invitées :
Kate Frankish, experte en paiements
Jane Larimer, présidente et chef de la direction, Nacha
Jane-Renee Retimana, chef de la stratégie et de l'innovation, Payments NZ
Kristina Logue, chef des finances, Paiements Canada (modératrice)
Liz Dempsey, gestionnaire, Stratégie et engagement en matière d’événements, Paiements Canada, animatrice

 

 

À PROPOS DE THE PAYPOD

The PayPod est le balado multiépisodes de Paiements Canada qui explore les tendances et les sujets qui influencent les paiements au Canada et partout dans le monde. Écoutez Elizabeth Dempsey, gestionnaire, Stratégie et engagement en matière d’événements à Paiements Canada et animatrice de The PayPod, interviewer des experts de premier plan et des leaders d’opinion respectés au sujet de l’évolution du paysage des paiements, des besoins des Canadiens et de l'avenir des paiements modernes (seulement disponible en anglais).

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Transcription du podcast

Elizabeth (Liz) Dempsey:
Bonjour à tous et bienvenue à l'épisode 37 de The PayPod. Je suis votre hôte, Liz Dempsey, et aujourd'hui, nous revenons sur une autre de nos sessions les plus populaires du SOMMET 2025 : « Un monde de paiements : histoires nationales, impact mondial ».

Lors de cette session, Kristina Logue, notre chef des finances, est rejointe par Kate Frankish, experte en paiements, Jane Larimer, présidente et chef de la direction de Nacha, et Jane-Renee Retimana, chef de la stratégie et de l'innovation à Payments New Zealand. Ensemble, elles ont discuté des différences et des similitudes de leurs parcours de modernisation des paiements et des opportunités de collaboration transfrontalière existantes.

Bonne discussion !

Kristina Logue: 
Bonjour à tous et bienvenue à notre discussion en groupe intitulée Un monde de paiements : récits nationaux, incidence mondiale. Si vous avez assisté aux séances de ce matin, elles nous ont bien préparés pour cet après-midi, car on y abordait un thème commun : celui d’un effort collectif pour faire avancer les choses. Nous avons tous des défis à relever, et vous avez eu un bon aperçu de certains points de référence internationaux ce matin.

Aujourd’hui, nous avons l’occasion d’approfondir un peu plus certains contextes nationaux. Je suis très heureuse d’être accompagnée aujourd’hui de trois éminentes chefs de file de différentes régions du monde, expertes en innovation dans le domaine des paiements. Comme nous le savons tous, le paysage des paiements mondiaux se transforme à un rythme sans précédent. Bien que bon nombre des défis et des occasions auxquels nous sommes confrontés soient universels, nos approches reflètent souvent des contextes nationaux, des environnements réglementaires et des dynamiques de marché uniques.

Aujourd’hui, nous allons explorer la façon dont les différentes régions abordent leur parcours en matière de paiements, les leçons tirées en cours de route, et comment ces cheminements individuels contribuent à l’évolution de l’écosystème mondial des paiements. Nous discuterons des moments charnières qui ont façonné les systèmes de paiement de chaque pays, nous examinerons les possibilités de collaboration transfrontalière, nous aborderons l’équilibre entre l’innovation et la gestion des risques et nous nous projetterons dans l’avenir. Sur ce, nous allons commencer par quelques présentations.

Kate Frankish: 
Bonjour à tous. Je suis heureuse d’être ici. Je m’appelle Kate Frankish et je viens du Royaume-Uni, comme vous pouvez l’entendre. J’étais agente de prospection commerciale en chef à Pay.UK, qui est l’équivalent de Paiements Canada au Royaume-Uni, jusqu’en décembre dernier. Et maintenant, je travaille comme consultante et je collabore avec Paiements Canada sur les projets liés au système de PTR et à la lutte contre la fraude. Je suis ravie d’être ici aujourd’hui pour faire part de quelques expériences du Royaume-Uni et de ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Jane Larimer:
Bonjour à tous, je m’appelle Jane Larimer. Je suis présidente et chef de la direction de Nacha. Nous régissons le réseau américain de la chambre de compensation automatisée. L’an dernier, ce réseau a traité plus de 33 milliards de transactions, pour une valeur totale de 87 000 milliards de dollars américains, avec un taux de croissance d’une année à l’autre d’environ 6,5 pour cent.

Jane-Renee Retimana:
Je m’appelle Jane-Renee Retimana et je viens tout juste, en langue maorie de Nouvelle-Zélande, de vous remercier de m’avoir invitée et de reconnaître les Premières Nations du Canada dans mon introduction. Payments New Zealand est comme Paiements Canada, Nacha et Pay.UK. Nous régissons les systèmes de compensation et de règlement en Nouvelle-Zélande, nous dirigeons la stratégie de monétisation des paiements et nous dirigeons également un système bancaire ouvert à la tête de l’industrie.

Kristina Logue:
Excellent. Nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet. Je pense qu’il est assez juste de dire que chacun de vos pays a connu une transformation importante de ses systèmes de paiement nationaux au cours de la dernière décennie et que nous, au Canada, suivons la situation de près pour voir ce que nous pouvons apprendre de vos expériences respectives. Pour commencer, j’aimerais que vous nous fassiez part d’un moment décisif ou d’une décision qui a été prise dans chacune de vos régions, qui a vraiment façonné votre modernisation et votre parcours, ou la façon dont votre écosystème fonctionne actuellement. Et si vous avez tiré des leçons de cette expérience, pourriez-vous nous en faire part? Peut-être que Jane, nous avons deux Jane parmi nous, alors Jane L., si cela vous va, vous pouvez commencer.

Jane Larimer:
Merci. En fait, nous n’avons pas de mandat. Nous sommes axés sur le marché aux États-Unis et nous comptons actuellement, je crois, un peu moins de 9 000 institutions financières. Il faut donc beaucoup d’efforts collectifs pour aller de l’avant. L’un des moments marquants pour nous a été l’avènement et la mise en service de Faster Payment System au Royaume-Uni en 2008. Nous étions tous conscients de la nécessité de commencer à progresser plus rapidement et qu’à l’échelle mondiale, ce serait la norme.

Aux États-Unis, nous avons la chambre de compensation automatisée, notre système de paiements par lots. Nous avons examiné la possibilité de traitement le jour même, et maintenant, nous avons quatre fenêtres de traitement et de règlement par jour. En 2016, les paiements par crédit sont devenus actifs, et en 2017, les paiements par débit. En 2017, le système de paiement en temps réel, RTP, a vu le jour, et FedNow, un autre système de paiement en temps réel, est entré en service en 2023. Pour vous donner une idée du volume dans ces trois systèmes, en 2024, nous avons traité 1,2 milliard de transactions le jour même grâce à la chambre de compensation automatisée. Nous avons franchi le cap du milliard, ce qui a été énorme pour nous. RTP a traité environ 340 millions de transactions et FedNow, 1,5 million.

Ce que nous avons constaté avec l’avènement des systèmes de paiement en temps réel et des services superposés qui les accompagnent, même s’il est encore très tôt, c’est que les seuls types de transactions dans les systèmes de paiement dont le volume diminue sont les chèques. Donc, le volume de transactions traitées le jour même grâce à la chambre de compensation automatisée continue de croître à un rythme très sain lorsqu’il est question de paiement par carte, bien sûr, mais nous constatons une diminution lorsqu’il s’agit de chèques. C’est pourquoi nous considérons ces avancées comme un succès.

Kristina Logue:
Excellent. Jane?

Jane-Renee Retimana:
Payments New Zealand est très jeune comparativement à d’autres organismes de paiements. Elle a été fondée en 2010, et lorsque je suis arrivée, juste avant 2015, c’était la première fois qu’une tentative était faite, à l’échelle gouvernementale, pour établir une stratégie de modernisation des paiements. Nous avons donc examiné les capacités habilitantes dont nous avions besoin en tant que système de paiement, puis en 2017, nous avons exploré quelques domaines différents tels que l’identification de mandataires, la normalisation des API, le traitement en temps réel, la norme ISO, tout l’éventail, en nous servant du Royaume-Uni comme référence. Mais notre moment charnière est arrivé en 2018 lorsque nous avons fait le choix d’aller de l’avant avec deux éléments, ce qui est très différent des autres. Nous avons fait de la disponibilité du service notre priorité absolue.

Comme je l’ai mentionné, nous gérons des systèmes de compensation et de règlement, ainsi qu’un système de paiement de détail. Nous sommes aussi un réseau distribué de règlement par lots, mais ce que nous avons fait avec ce système – qui traite tous nos paiements par transfert de crédit, c’est-à-dire les crédits électroniques –, c’est de rendre les paiements qui passent par ce système irrévocables. Nous avons mis en place un projet visant à vérifier la disponibilité des fonds avant que le paiement ne quitte la banque. Ensuite, nous avons ouvert ce système 365 jours par an, pour assurer une couverture complète des besoins commerciaux en Nouvelle-Zélande.

Il a donc fallu un certain temps pour y travailler et le mettre en œuvre. Mais il a été lancé il y a deux ans. Aujourd’hui, tout paiement de compte à compte en Nouvelle-Zélande peut être effectué avec compensation et règlement complets tout au long de la journée, pendant 16 à 17 heures, tous les jours de l’année. C’était une décision importante. Nous avons décidé de ne pas le faire en temps réel parce que les volumes pourraient être lents. Nous avons opté pour la disponibilité du service, la normalisation des API et l’activation des API pour les paiements. L’objectif était de créer un réseau dynamique de partenariats et de réduire la fragmentation. Et cela nous a également pris un peu de temps, mais nous avons notre API Centre, et deux API pour l’information sur le compte et l’initiation de paiements. Les quatre plus grandes banques en sont à leur deuxième cycle de mise en œuvre avec notre version 2.3, qui introduit des paiements récurrents variables à la fin du mois et de nouvelles fonctionnalités liées à l’information sur le compte en novembre. L’année prochaine, la cinquième plus grande banque du pays se joindra au système, ce qui signifie qu’à elles cinq, ces institutions couvriront environ 94 pour cent du marché néo-zélandais.

Kristina Logue:
Excellent. Nous avons donc deux systèmes en temps réel, et aucun système en temps réel.

Jane-Renee Retimana:
Pas encore.

Kristina Logue:
Vous avez toutes les deux pris comme exemple le Royaume-Uni. Kate?

Kate Frankish:
Faster Payments a donc été lancé en 2008, il y a longtemps. Mais selon moi, le changement le plus déterminant au Royaume-Uni a eu lieu en 2017, lorsque notre organisme de réglementation des paiements a examiné les quatre systèmes de paiement alors en service, qui étaient tous détenus par les banques. Il a essentiellement conclu qu’il fallait élargir l’accès à de nouveaux acteurs du marché, les entreprises de technologie financière, entre autres, et que le fait que ces systèmes soient la propriété des banques ne favorisait pas forcément cette ouverture. On a donc décidé de regrouper tous les systèmes sous une seule entité indépendante : Pay.UK.

En théorie, c’est une excellente idée, et l’on pourrait croire que ce serait une bonne façon d’avancer. L’un des défis, et une importante leçon tirée, est que l’indépendance, c’est une chose, mais lorsqu’on est financé par les participants au coût par clic, c’est-à-dire les banques et les entreprises de technologie financière qui utilisent vos services, leur retirer toute influence sur la gouvernance ne fonctionne pas forcément pour tout le monde. Nous avons essuyé beaucoup de critiques ces dernières années de nos participants qui souhaitent exercer un plus grand contrôle sur le plan de la gouvernance. Je pense qu’il faut trouver un juste équilibre.

L’indépendance est une bonne chose d’une part, mais on fournit aussi un service à une clientèle, et il faut trouver le juste équilibre. Les choses ont évolué au Royaume-Uni et le rythme s’est accéléré ces dernières années, notamment avec l’élargissement de la participation directe et indirecte.

Jusqu’en 2017, Faster Payments comptait 10 participants directs. À mon départ, à la fin de l’année dernière, nous comptions 47 participants directs et plus de 500 participants indirects. Pas aussi nombreux que Nacha aujourd’hui. Et je me disais : wow, c’est énorme.

Mais cela comporte aussi son lot de défis. Lorsque nous avons examiné l’écart important entre les niveaux de fraude chez certains participants par rapport à d’autres, nous avons constaté une réelle disparité, sans mécanisme de contrôle standardisé en matière de fraude. Et c’est une leçon dont Paiements Canada tire brillamment parti. Lorsque le système de PTR sera lancé en 2026, des mécanismes de contrôle de la fraude seront intégrés au niveau central.

Je pense qu’il est très important d’examiner ce qui pose problème à l’échelle mondiale. Le dernier enseignement que je souhaitais souligner est le suivant : l’ouverture aux intégrateurs et aux fournisseurs de technologies, afin qu’ils puissent offrir des services au marché, est une excellente chose, car cela permet aux participants d’accéder rapidement au système de paiement. Toutefois, j’inviterais fortement Paiements Canada, dans le cadre du système de PTR, à réfléchir au risque de consolidation que cela peut entraîner. Si un seul fournisseur assure plus de 50 % de la couche d’intégration des paiements à l’aide du système de PTR au Canada et qu’il subit une panne, quelles en seraient les répercussions sur l’ensemble du système? Il faudra donc mettre en place une certaine surveillance des technologies, des entreprises et des agrégateurs. Je recommanderais aussi d’envisager une relation commerciale avec ces fournisseurs.

Kristina Logue:
Excellents conseils. Un bel aperçu de chaque région. Ce qu’on commence à observer de plus en plus, c’est une intégration régionale des paiements dans certaines régions comme l’Europe et l’Asie du Sud-Est. J’aimerais savoir quelles possibilités ou quels défis une collaboration transfrontalière plus poussée pourrait représenter pour vos régions respectives, et où se situe le plus grand potentiel d’harmonisation? Je vais commencer par Kate.

Kate Frankish:
Comme vous pouvez l’imaginer, nous avons été approchés au Royaume-Uni par plusieurs des nouveaux systèmes en cours de mise en place. Il y a notamment IXB, un système qui collabore avec la European Banking Authority, Swift et The Clearing House aux États-Unis. Si l’on regarde les volumes réels des paiements transfrontaliers, les États-Unis représentent à eux seuls près de 50 pour cent de tous les paiements traités par Swift aujourd’hui. L’europe représente environ 22 pour cent et le Royaume-Uni arrive en troisième position avec environ 6,5 pour cent des paiements. On peut donc facilement imaginer différentes formes d’interconnexions.

Les acteurs pensent que le Royaume-Uni est un corridor important et cherchent des moyens d’entamer une collaboration. L’autre est Nexus, un système vraiment intéressant. Il s’agissait d’un projet, mais il est passé à l’étape suivante. Il y a eu une demande de propositions, et l’un des pays participant au projet Nexus finira par le mettre en œuvre. Nexus regroupe l’Inde, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et Singapour. Ces pays ont réussi à interconnecter leurs systèmes de paiement et ils travaillent désormais ensemble. Il se passe donc beaucoup de choses sur le marché. Il y a une grande demande.

La question que je me suis toujours posée, lorsque j’étais responsable de définir les prochaines étapes au Royaume-Uni, c’est : quelle est la priorité de cette initiative par rapport à tout le reste des projets en cours? Et encore une fois, au Canada, si l’on regarde les volumes de paiements transfrontaliers, bien que ce soit un élément important pour stimuler la productivité et la croissance dans ce secteur, est-ce vraiment la priorité absolue parmi tous vos projets? J’aurais tendance à dire que non. Il est donc essentiel d’être très clair : oui, c’est un sujet que nous surveillons de près, mais il faut aussi savoir où il se situe dans l’ordre des priorités, tant auprès de vos participants que de vos organismes de réglementation.

Jane Larimer:
C’est un excellent point. Je pense que c’est aussi le raisonnement qu’on tient actuellement aux États-Unis. En ce qui concerne le système de chambre de compensation automatisé, nous avons des passerelles pour les transactions transfrontalières depuis près de 30 ans maintenant – des passerelles vers le Canada, le Mexique, l’Europe et le Panama. Mais l’un des éléments essentiels, selon nous, pour les paiements transfrontaliers et l’interopérabilité, c’est d’utiliser la même version de la norme ISO 20022. Tout le monde parle du potentiel de cette norme, mais si chacun utilise une version légèrement différente, cela nuit réellement à l’interopérabilité, n’est-ce pas? Il faut donc travailler à coordonner cela pour assurer une interopérabilité technique. Et dans notre cas, l’autre élément fondamental, c’est toujours le cadre juridique, les règles qui permettent cette interopérabilité.

Kristina Logue:
La technologie pourrait être la partie la plus facile, n’est-ce pas?

Jane-Renee Retimana: 
Je pense que tout cela est difficile, vraiment, mais je dois dire que je suis d’accord avec Kate. Même si l’on dit que les paiements transfrontaliers sont très importants, ils finissent souvent par se retrouver en bas de notre liste de priorités en matière de paiements. Mais si l’on y réfléchit bien, du point de vue de la Nouvelle-Zélande, nous sommes un pays exportateur, nous devons exporter des aliments dans le monde. J’ai regardé ce matin : le Canada est notre 15e partenaire commercial en importance, alors peut-être que nous pourrions faire affaire ensemble.

Mais oui, je pense qu’on ne veut pas que nos exportateurs ou importateurs paient plus cher que les autres ailleurs dans le monde. Le commerce est vraiment un sujet d’actualité dans cette partie du monde en ce moment. Et c’est aussi le cas pour nous – c’est un sujet dont on parle fréquemment. Nos principaux exportateurs sont bel et bien présents à l’international pour vendre nos produits. Alors il faut que les systèmes de paiement mondiaux fonctionnent pour eux, et qu’on réduise ces coûts.

J’aimerais aussi glisser un petit mot au sujet des corridors et des réseaux commerciaux. Je sais que, chez vous comme en Nouvelle-Zélande et même aux États-Unis, certaines communautés autochtones entretiennent déjà des échanges commerciaux. Ce qu’on constate en Nouvelle-Zélande, c’est que ces corridors commerciaux se développent en marge des ententes gouvernementales plus formelles – comme l’Accord de PTPGP, celui qu’on a avec vous. Mais oui, en dehors de ces accords de libre-échange, il existe bel et bien des échanges, et je pense qu’on doit rester attentifs à nos marchés et à où ils font affaire, à leurs partenaires et à ce que notre secteur peut faire pour les soutenir.

Kristina Logue:
Donc, si le commerce est un sujet brûlant, je soupçonne que la fraude l’est aussi. C’est un sujet qui a été mentionné à quelques reprises aujourd’hui, et je suis certaine que si vous aimez les séances en petits groupes, vous pourriez presque suivre une piste complète consacrée à la fraude. Je suis curieuse de savoir comment chacun de vos pays concilie innovation et gestion des risques, surtout à mesure que de nouvelles technologies et des acteurs non traditionnels font leur entrée sur le marché. Y a-t-il des cadres réglementaires particuliers ou des approches qui prennent forme dans vos régions? Commençons au bout de la rangée, avec Jane.

Jane-Renee Retimana: 
Je pense que la fraude est probablement, à l’échelle mondiale, un bon marché pour les fraudeurs, du moins. La semaine dernière, nous étions avec Jane aux États-Unis lors de sa conférence, et nous avions une discussion de groupe sur la fraude. Par la suite, il m’est venu à l’esprit, ainsi qu’aux panélistes, que c’est un domaine où nous pourrions en faire beaucoup plus sur le plan transfrontalier. Les fraudeurs sont assez efficaces partout dans le monde, mais chacun de nous essaie d’apprendre des autres tout en menant ses propres initiatives.

En Nouvelle-Zélande, nos associations bancaires viennent de mettre à jour un code volontaire visant à anticiper ce que le Royaume-Uni fait avec son système de remboursement. Nous avons aussi adopté – et c’est un bon exemple d’apprentissage mutuel – le système de classification de la fraude de la Fed aux États-Unis, qui vise à signaler les fraudes. Cherchez-le, c’est vraiment simple. Il aide à raconter une histoire et à comprendre l’incidence de la fraude sur votre marché. L’an dernier, toutes nos banques ont adopté ce cadre de signalement, et maintenant, un an plus tard, nous disposons d’une année de données qui nous permettent de voir où les solutions sont nécessaires.

Je peux vous dire que les identifiants vulnérables à l’hameçonnage sont un enjeu qu’il faut absolument anticiper. C’est un domaine où les gens sont exposés et piratés. Nous avons aussi mis en place la confirmation du bénéficiaire, grâce à notre association bancaire. Je pense que c’est vraiment un domaine où la collaboration est essentielle. 

Je pense que ce n’est pas un domaine où les produits doivent être en compétition, mais un domaine où tous doivent collaborer. Pour notre prochaine phase de modernisation, nous sommes arrivés à une conclusion assez similaire à celle du Canada, en envisageant la mise en place d’un système de signalement central des fraudes et de surveillance en temps réel, qui sera sans doute l’un des premiers éléments fondamentaux de notre nouveau système numérique de prochaine génération.

Jane Larimer:
Nous parlons toujours de l’équilibre entre le risque et l’innovation. En 2022, nous avons élaboré un cadre de gestion des risques pour l’ère des fraudes liées aux paiements par transfert de crédit ou par paiement initié par le payeur autorisé, ce qui est très différent de la gestion des risques associés aux paiements par débit. 

Depuis, nous avons mis en place des règles et mobilisé l’ensemble de l’industrie, car nous avons compris qu’aucun participant seul ne pouvait tout gérer : c’est l’ensemble des acteurs de la chaîne de paiement qui doit s’impliquer. Et pour nous, l’un des changements majeurs a été d’attribuer des responsabilités à la banque destinataire, pas seulement à la banque expéditrice. Traditionnellement, c’est la banque expéditrice qui se porte garante de chaque paiement. Et dans ce cas, certaines responsabilités incombent désormais à la banque destinataire, car dans les fraudes liées aux paiements par crédit, c’est parfois elle qui est la mieux placée pour détecter les paiements frauduleux à leur arrivée.

Ça a donc représenté un changement majeur pour nous. Je pense que nous devons absolument progresser dans un domaine où, en principe, tout le monde est d’accord : le partage des données est essentiel. Et pourtant, cela reste un enjeu, notamment à cause de la protection des données et de l’absence de consensus clair, aux États-Unis, sur les zones sûres pour le partage des données. C’est un besoin réel auquel nous devons encore répondre. Il faut dépasser le simple constat que c’est une bonne idée nécessaire, et arriver à un point où l’on partage effectivement les données. Car c’est un effort collectif, et seule une collaboration entre tous les acteurs permettra de vraiment faire bouger les choses. Mais nous n’y sommes pas encore.

Kristina Logue:
J’aurais aimé que nous ayons plus de temps pour cette discussion. La Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni ont accompli de grands progrès en matière de partage des données. Mais pour rester dans le thème de la fraude, Kate.

Kate Frankish:
Si vous m’aviez posé la question il y a 15 ans – et j’ai toujours travaillé dans des rôles liés au développement de produits et à l’innovation – j’aurais dit que le risque, pour être tout à fait honnête, c’était une vraie plaie. Mais j’ai appris, à travers les cicatrices, à travers des incidents liés aux paiements, à travers des problèmes, et aujourd’hui, je suis une grande adepte de l’innovation sûre. Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie qu’il faut qu’il y ait une saine tension entre le risque et l’innovation. Il faut anticiper les conséquences imprévues.

Et le Royaume-Uni est un excellent exemple de conséquences imprévues : nous avions un programme volontaire pour le remboursement des victimes de fraude – en particulier la fraude par paiement initié par le payeur autorisé – mais cela n’a pas fonctionné, parce que personne ne l’appliquait de la même manière. Certaines banques remboursaient systématiquement, d’autres ne remboursaient quasiment aucun client. C’est la raison pour laquelle un règlement et une législation ont été instaurés au Royaume-Uni l’an dernier, le 7 octobre – une date gravée dans ma mémoire, car j’ai dû mettre en place les systèmes, les règles, etc., qui les accompagnaient. Cette législation est désormais en vigueur, et maintenant, il est obligatoire de rembourser : pratiquement aucune banque ou institution financière ne pourra démontrer que son client, victime de fraude, a agi de manière gravement négligente. C’est très difficile à prouver.

Donc tout le monde – la banque expéditrice et la banque destinataire, comme aux États-Unis – assume chacun 50 % du remboursement au consommateur, jusqu’à un maximum de 85 000 livres. Qu’est-ce que cela signifie? C’est excellent, d’une part, parce que toutes les victimes de fraude sont traitées de la même façon. Mais d’un autre côté, cela a un coût. Ça ajoute des coûts. Est-ce que cela risque de freiner l’innovation, potentiellement, au Royaume-Uni? Peut-être bien. Peut-être pas. Il faut encore attendre pour voir. Mais à l’échelle mondiale, je n’ai encore vu aucun pays qui ait trouvé le juste équilibre, parce que la réglementation est toujours en train d’essayer de rattraper l’innovation.

Jane-Renee Retimana: 
Je vais me permettre d’intervenir aussi, parce qu’au fond, tout repose sur la prévention, n’est-ce pas? C’est bien de pouvoir offrir des recours une fois que le mal est fait, mais il faut miser sur la prévention. Le préjudice est énorme pour les victimes : j’ai vu un reportage à la télévision ici même, sur des adolescents victimes de sextorsion, ou encore des personnes qui perdent toutes leurs économies à cause d’arnaques à l’investissement. Il y a donc un véritable appel à l’action pour réduire le tort dès le départ et prendre les devants sur la prévention.

Je pense notamment à l’identité numérique – un sujet qu’on évoque depuis longtemps. D’ailleurs, ça fait plus de dix ans que des Canadiens viennent en Nouvelle-Zélande pour en discuter avec nous, mais il est temps qu’on trouve une solution. On ne peut pas continuer à remettre ça. C’est aussi un aspect sur lequel nous travaillons dans notre démarche pour rendre les paiements plus sécuritaires. Parfois, dans l’industrie, on a tendance à attendre que quelqu’un d’autre trouve la solution, mais évidemment, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre.

En ce moment, nous examinons des cas d’utilisation des paiements, notamment dans le système bancaire ouvert, où des identifiants vérifiables pourraient jouer un rôle. La technologie existe déjà, mais comment bâtir un cadre, une structure autour de ça? Ce matin, j’ai beaucoup entendu parler de collaboration, mais pour qu’il y ait collaboration, il faut un encadrement, que les gens se rassemblent. Il faut un modèle de fonctionnement et un modèle d’affaires – tous ces éléments sont essentiels. Et souvent, quand l’industrie porte ce genre d’initiatives, les résultats sont positifs.

Jane Larimer: 
Absolument, tout à fait d’accord. Mais je dois dire que nous avons suivi avec beaucoup de surprise et d’étonnement le changement de responsabilité aux États-Unis.

Kristina Logue:
Je voulais aussi revenir sur le thème de la collaboration, Jane, car je pense que c’est l’exemple parfait. Nous l’avons entendu ce matin, ainsi que dans plusieurs discours, cette idée qu’il y a des choses qu’on peut faire seul, mais d’autres où la collaboration apporte bien plus de bénéfices et de valeur à tout l’écosystème. Et j’ai l’impression que la fraude est probablement l’un de ces cas d’utilisation où la collaboration est vraiment au premier plan.

Nous manquons de temps. Il ne nous reste que cinq minutes, mais nous avons une autre question. Nous venons de passer pas mal de temps à faire un peu de rétrospective. Nous sommes arrivés à aujourd’hui, et j’aimerais maintenant que vous tourniez votre regard vers l’avenir, disons dans cinq ans. Sachant que les choses évoluent rapidement, quel est selon vous le changement le plus significatif qui interviendra dans la manière dont les paiements fonctionneront dans vos pays?

Kate Frankish:
Bien que le Royaume-Uni ait été le premier pays du monde à lancer le système Faster Payments, il a été largement dépassé depuis. Et alors que nous avons eu du mal à moderniser la plateforme, un plan est désormais en place pour une modernisation modulaire plutôt qu’un changement bancaire massif, ce que le Royaume-Uni doit simplement mener à bien. Et pourquoi est-ce important? Je pense qu’il y a un lien avec le système bancaire ouvert. Comme Jane l’a mentionné, nous constatons une croissance importante au Royaume-Uni. L’an dernier, je crois, 6,5 pour cent du volume de Faster Payments est passé par le système bancaire ouvert. Et il y a de très bons cas d’utilisation qui vont vraiment transformer la façon dont les consommateurs paient au Royaume-Uni. Les consommateurs aiment beaucoup les cartes au Royaume-Uni, en particulier les cartes Visa et Mastercard. Donc, la transition vers le système bancaire ouvert est bien soutenue au Royaume-Uni.

Jane Larimer: 
Je pense que pour nous, dans les cinq prochaines années, ce sera un système bancaire ouvert et le paiement bancaire. Il s’agira donc d’ajouter cette couche de validation du compte, qui réduit les risques et que permet un système bancaire ouvert, pour les réseaux de la chambre de compensation automatisée et des paiements instantanés. Je pense donc que cela va se concrétiser pleinement. Pour l’instant, la réglementation est encore incertaine, mais l’industrie avance, donc nous allons de l’avant malgré tout.

Jane-Renee Retimana: 
Je pense qu’on verra beaucoup plus d’automatisation, ou comme quelqu’un l’a dit à votre conférence, d’« automagie », et je me suis dit, oui, c’est vrai, c’est de la magie pour le consommateur, mais pas pour ceux qui sont en arrière-plan. Mais oui, je pense qu’on en verra beaucoup plus. On appelait ça autrefois le traitement direct, maintenant on parle d’automatisation. Je crois qu’il y aura beaucoup plus d’automatisation numérique, et j’espère que cela profitera aux petites entreprises, aux PME et aux grandes entreprises aussi. Parce que plus ces entreprises peuvent accélérer leurs processus, plus elles peuvent améliorer leur productivité, croître, etc. Si l’on peut leur épargner certaines tâches administratives pénibles, comme les doublons ou le rapprochement, je pense que ce sera une manière d’éliminer le gaspillage dans le système. Je ne sais pas si l’on y arrivera dans les cinq prochaines années.

Kristina Logue: 
Je pense qu’en tant que chef des finances qui gère un service administratif, j’apprécierais énormément le traitement direct et les gains d’efficacité. Avant de conclure, je voulais essayer quelque chose d’un peu différent : une petite séance de questions en rafale. Je vais donc présenter à nos panélistes deux options, et je vais leur demander de nous dire laquelle des deux est privilégiée dans leur région. Cela nous permettra de mettre en lumière certaines différences entre les pays que nous avons ici sur scène. Tout le monde répondra à son tour. Première question : Chèques ou codes QR?

Kate Frankish:
Chèques.

Kristina Logue:
Des chèques, d’accord.

Jane Larimer: 
Nous privilégions les chèques, mais nous aimerions mieux les codes QR.

Jane-Renee Retimana:
Et je vais dire les codes QR, nous n’avons plus de chèques en Nouvelle-Zélande.

Kristina Logue:
D’accord. Alors, des paiements en espèces ou sans contact?

Kate Frankish:
Des paiements sans contact, certainement.

Jane Larimer:
Probablement les deux, mais nous devrions privilégier les paiements sans contact.

Jane-Renee Retimana: 
Je pense que les deux.

Kristina Logue:
Et la dernière : le portefeuille mobile ou l’authentification biométrique pour les paiements?

Kate Frankish:
Portefeuille mobile, au Royaume-Uni.

Jane Larimer: 
Portefeuille mobile.

Jane-Renee Retimana:
Les deux.

Kristina Logue:
D’accord. Il y a donc beaucoup de similitudes ici. Merci de vous être prêtées au jeu. Cela met en lumière quelques différences, mais surtout beaucoup de points communs, et je pense que, nous, Canadiens, pouvons nous reconnaître dans bon nombre des éléments qui ont été partagés aujourd’hui. Alors, pour conclure cette discussion, je tiens à prendre un moment pour remercier Kate, Jane et Jane d’avoir partagé leurs points de vue sur la façon dont les systèmes de paiement évoluent dans différentes régions tout en convergeant vers des défis mondiaux communs. Ce qui ressort clairement, c’est que nos parcours nationaux peuvent suivre des voies très différentes, mais nous travaillons tous vers des objectifs semblables, c’est-à-dire des systèmes de paiement plus rapides, plus inclusifs, plus sûrs et plus interconnectés. Je vous remercie et j’aimerais que vous vous joigniez à moi pour applaudir nos panélistes.

Elizabeth (Liz) Dempsey:
Quel excellent panel ! Pour visionner d'autres contenus du SOMMET de Paiements Canada 2025, rendez-vous sur notre site web à thesummit.ca, où vous pouvez désormais visionner toutes nos émissions à la demande. Merci de nous avoir rejoints pour cet épisode de The PayPod.

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