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Épisode 42 : Économies grâce aux machines — Segmentation en jetons pour des finances agentiques autonomes

Nous entrons dans l’ère des finances agentiques autonomes. En effet, les agents IA étaient auparavant de simples assistants numériques et sont maintenant des participants financiers actifs. Ces agents commencent à négocier, à effectuer des transactions et à gérer des flux de travail complexes de façon indépendante. Le système financier doit adapter sa gestion de l’identité, de la confiance et du contrôle en fonction de ce changement majeur. Les modèles traditionnels axés sur les identifiants et les chaînes d’approbation manuelles ne suffisent plus pour le commerce machine à machine ultrarapide de demain.

Cette table ronde rassemble des chefs de file mondiaux en matière de paiements, de services bancaires et de systèmes autonomes pour découvrir la prochaine étape des finances. Nous discuterons de la façon dont les actifs convertis en jetons, la confiance cryptographique et les réseaux de paiement intégrant les agents établiront la base sécuritaire nécessaire pour que les machines participent en toute sécurité à l’économie. Nous parlerons aussi de la façon dont les institutions et les organismes de réglementation du Canada peuvent se préparer à ce virage vers l’autonomie.

Invitées :

  • Aviva Klein, consultante indépendante
  • Nate Soffio, Chef des produits d’identité réutilisables et agentiques, Prove
  • David Tax, Gestionnaire principal, Stratégie et innovation en matière de paiements, Groupe Banque TD
  • Mike Ward, PDG, MICA

Modératrice :

  • Michelle Beyo, chef de la direction et fondatrice de Finavator

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À PROPOS DE THE PAYPOD

The PayPod est le balado multiépisodes de Paiements Canada qui explore les tendances et les sujets qui influencent les paiements au Canada et partout dans le monde. Écoutez Elizabeth Dempsey, gestionnaire, Stratégie et engagement en matière d’événements à Paiements Canada et animatrice de The PayPod, interviewer des experts de premier plan et des leaders d’opinion respectés au sujet de l’évolution du paysage des paiements, des besoins des Canadiens et de l'avenir des paiements modernes (seulement disponible en anglais).

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Transcription du podcast

Elizabeth (Liz) Dempsey :
Rebienvenue à la série d’été du SOMMET, une présentation spéciale de The PayPod, le balado de Paiements Canada qui explore les tendances et les sujets qui influencent les paiements au Canada et dans le monde.

Je suis votre animatrice, Liz Dempsey.

Aujourd’hui, nous vous présentons une table ronde organisée dans le cadre du SOMMET 2026 sur les finances agentiques. La séance, intitulée « Économies grâce aux machines – Segmentation en jetons pour des finances agentiques autonomes », parle de la nouvelle ère dans laquelle nous entrons, où les agents IA passent du rôle de simples assistants numériques à celui à de participants financiers actifs.

Toutefois, à mesure que ces agents commencent à négocier, à effectuer des transactions et à gérer des flux de travail complexes de façon indépendante, notre système financier doit adapter sa gestion de l’identité, de la confiance et du contrôle en fonction de ce changement majeur.

Dans cet épisode, nous nous joignons à la modératrice Michelle Beyo de Finavator. Elle anime une table ronde réunissant la consultante Aviva Klein, Nate Soffio de Prove, David Tax du Groupe Banque TD et Mike Ward de Mica.

Ensemble, ils explorent la façon dont les actifs convertis en jetons, la confiance cryptographique et les réseaux de paiement intégrant les agents établiront la base sécuritaire pour que les machines participent en toute sécurité à l’économie, ainsi que la façon dont les institutions et les organismes de réglementation du Canada peuvent se préparer à ce virage vers l’autonomie.

Profitez de la conversation. Voici Michelle Beyo!

Michelle Beyo :
Merci de votre présence cet après-midi. Je suis vraiment enthousiasmée par cette table ronde parce que je pense vraiment que nous devons approfondir le sujet des finances agentives. Cette réalité arrive plus vite qu’on pense. J’ai participé à de nombreuses innovations au sein de cet écosystème. En fait, j’étais dans le domaine des achats en ligne en 2007. À cette époque, seuls 1 à 3 pour cent des gens faisaient des achats en ligne. Je me souviens que les gens hésitaient à faire leurs achats en ligne ou du moins à tout acheter en ligne. Ils pouvaient réserver un article, mais allaient tout de même le chercher en magasin. Quand je pense à ce changement, je me rappelle la première fois où j’ai entendu parler des finances agentives. C’était dans le cadre de la conférence Money 20/20 de juin dernier, pendant un appel de préparation en avril. On parlait de la confiance comme étant la nouvelle monnaie. Quelqu’un a dit « finances agentives ». Et j’ai dit : « Pardon? ». J’ai participé à de nombreuses conférences. Je suis assez au courant de ce qui se passe, mais cette évolution s’est produite à un rythme effréné, depuis ce moment-là jusqu’à aujourd’hui. Rien qu’au cours des six dernières semaines, la quantité de mises à jour et de nouvelles dans tout l’écosystème, d’Amex à Worldpay en passant par Plaid et Anthropic, a été impressionnante. Il y a tellement d’informations à assimiler que je suis contente que nous soyons ici pour faire le point et donner un aperçu de ce qui se passe réellement dans le domaine des finances agentives. Ce qui est vrai, ce qui est du battage publicitaire et ce sur quoi nous devons mettre l’accent afin d’avancer dans la bonne direction.

Selon moi, qu’on soit déjà à cette étape ou qu’on s’y dirige rapidement, nous devons tous travailler ensemble pour assurer la réussite de cette transition. Il faut veiller à ce que les consommateurs soient protégés et à ce que l’innovation joue un rôle dans tout cet écosystème. 

Je pense donc que, lorsque nous réfléchissons aux transactions, il faut se demander : quelles seront ces transactions? Et comment allons-nous assurer la responsabilité en matière de confiance et la protection des consommateurs? Ça fait beaucoup à couvrir en une heure. J’aime toujours donner le coup d’envoi en demandant aux experts de se présenter pour faire connaissance. Nos experts ont des points de vue très différents. Lorsque vous vous présenterez, j’aimerais que vous nous disiez la raison qui vous fait penser que les finances agentives ou le commerce agentique s’en viennent ou sont déjà là. Commençons par vous, Nate.

Nate Soffio :
Bonjour tout le monde. Merci d’être là. Nate Soffio. Je dirige le développement de nouveaux produits chez Prove, une entreprise de New York. Je travaille principalement sur les écosystèmes d’identité et l’identité réutilisables. Cette thématique englobe aussi les méthodes d’authentification, d’autorisation et de vérification pour les paiements par IA agentive.

Je passe donc une grande partie de mon temps à travailler avec des groupes de travail et des groupes de normalisation qui s’attaquent à ces questions ou à mettre au point des solutions qui règlent certains des problèmes que nous aborderons ou essayerons d’aborder aujourd’hui. J’ai rejoint Prove au début de 2025 lorsque la société a acheté mon entreprise Portable. C’était une entreprise de portefeuille d’identité que j’avais lancée sur le marché en 2022. Quant à ce qui m’a emballé, eh bien, je n’ai pas encore été en mesure de faire beaucoup d’achats, mais je pense que ce qui retient mon attention, c’est la rapidité avec laquelle les personnes qui contribuent aux normes, les organismes et les groupes de travail évoluent. C’est beaucoup plus rapide qu’auparavant. Prenons l’exemple de Fido qui a formé deux nouveaux groupes de travail au cours du dernier trimestre. Le premier est un groupe de travail technique sur les paiements, plus précisément sur les paiements par IA agentive. Et maintenant il y a une sorte de groupe de travail inverse, spécialisé dans l’authentification et l’autorisation par agent IA. 

Bon, on peut toujours dire que Fido a créé plein de nouveaux groupes de travail. Elle le fait tout le temps. C’est normal. Pour répondre à votre question, Michelle, ce qui m’a particulièrement enthousiasmé, c’est la coopération que nous observons dans ces groupes de travail sur les paiements. Donc, les réseaux de paiement, les FSP, les réseaux de cartes, les fournisseurs traditionnels de services d’authentification et de vérification d’identité, comme Prove, et aussi les grandes entreprises responsables de l’infrastructure Internet, comme Cloudflare. Ces trois types d’entreprises participent à ces deux groupes parce que nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas possible de simplement transposer les cadres de référence humains en matière de confiance aux agents IA. Nous devons tenir compte des paiements, de l’identité et du routage Internet en même temps. C’est une prise de conscience assez importante à cette étape initiale.

Michelle Beyo :
J’aime beaucoup que ce soit ce que vous en retenez, parce que je pense que Fido a fait partie de tellement de groupes de travail différents. Et le fait que tout le monde soit ici pour en discuter est tellement important pour aller de l’avant. Merci Nate. Aviva?

Aviva Klein :
Merci Michelle. Je suis Aviva Klein. Je suis une consultante indépendante. Je possède de nombreuses années d’expérience dans un domaine où se croisent les technologies émergentes de paiement et la sécurité. Je travaille avec mes clients pour mettre sur le marché des solutions de paiement novatrices, sûres et sécuritaires. C’est assez simple. Mon dernier poste était celui de vice-présidente des paiements chez Constellation Software. J’y ai conçu plusieurs programmes de paiement et j’ai pu vraiment aider des entreprises de taille moyenne à gagner en efficacité sur le plan administratif. Avant, j’ai eu une longue carrière passionnante chez Mastercard, où j’ai travaillé dans toutes sortes de domaines différents, comme les paiements commerciaux, les paiements numériques, la sécurité, la cybersécurité, entre autres.

Pour ma part, quand vous me demandez : qu’en est-il des finances agentives en ce moment? Partagez-vous certains points de vue avec Nate? Pas vraiment, c’est certain. Je pense que nous savons, d’un point de vue théorique, qu’il y a des agents IA qui interviennent dans l’infrastructure pour lutter contre la fraude. Personnellement, je n’ai pas eu de contacts avec des agents IA, mais j’ai lu des articles sur le sujet, comme tout le monde dans ce secteur. Je pense que c’est surtout dans le secteur commercial que ces technologies sont les plus présentes. Beaucoup de ces plateformes de gestion des dépenses, qui s’occupent de l’ensemble du cycle de l’approvisionnement au paiement, ne se contentent pas d’automatiser le processus. Elles prennent plutôt le contrôle et interviennent à toutes les étapes, de l’approbation des factures à la création des lots. Donc oui, c’est mon point de vue. Mon point de vue initial.

Michelle Beyo :
J’adore ça. Donc l’identité, la cybersécurité. Donnons la parole au spécialiste du domaine bancaire.

David Tax :
Je suis David, le banquier de service de la table ronde. C’est drôle parce que je ne me considère toujours pas comme un banquier. J’ai fait un doctorat en génie électrique. Je travaillais donc au MIT, où je concevais des appareils à micro-ondes de forte puissance destinés à l’énergie de fusion. J’ai changé de voie pour devenir consultant, puis je me suis retrouvé dans une banque. Je me considère encore comme un étranger. Mais vous savez quoi? Le mois dernier, ou il y a 6 semaines, j’ai fêté mes 10 ans à la Banque TD. Je suppose donc que je suis le banquier de service maintenant. Je fais partie des meubles.

En ce qui me concerne, je pense qu’on peut voir les preuves qui montrent que cette technologie existe et qu’elle fonctionne. Tout le monde qui utilise des outils d’IA peut voir les possibilités. Prenons mon exemple préféré : une directrice de notre équipe de direction à la Banque TD avait décidé d’effectuer une transaction par IA agentive. Elle voulait acheter une caisse de jus pressé à froid. Eh bien, elle a reçu 10 caisses de jus. Je pense donc que ce que je retiens, c’est qu’on peut tous voir l’avenir de l’IA agentive pour les transactions, les finances et le commerce. Cette perspective m’a fait comprendre que les défis ne sont pas théoriques, mais bien réels. C’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle des groupes de travail sont créés, parce qu’il y a de vrais problèmes à résoudre et on doit les résoudre ensemble.

Michelle Beyo :
J’adore ça. Merci pour le contexte. Vous avez la parole, Mike.

Mike Ward :
Je suis Mike Ward. Je suis né et j’ai grandi ici, mais je vis actuellement aux États-Unis. Nous y avons fondé une entreprise appelée Mica. Voici ce que nous avons constaté : dans le domaine des technologies financières, dans les activités transactionnelles d’aujourd’hui, l’innovation consiste toujours à ajouter une couche supplémentaire à une autre couche déjà présente sur une infrastructure plus ancienne. En fin de compte, ce type d’innovation est limité. Il y a évidemment des éléments qui créent des difficultés et favorisent la fraude. D’autres problèmes peuvent aussi se produire. Par contre, si on pouvait intervenir à la base, dans l’infrastructure même, à l’échelle du réseau, et la moderniser, on pourrait générer beaucoup plus de changements dans le secteur. C’est ce que nous avons construit. Nous avons créé un tout nouveau réseau qui sera mis en service aux États-Unis, et qui est déjà opérationnel en Amérique du Sud et en Europe. Nous aimerions beaucoup étendre notre portée ici aussi.

Donc, pour nous, l’agentique est une partie importante de notre stratégie et du cas d’utilisation sur lequel nous travaillons. J’essaie moi-même souvent d’effectuer une transaction ou un achat sur une plateforme infonuagique, un clavardage ou sur Gemini. Nous pouvons néanmoins mettre ces technologies à l’essai dans les écosystèmes à notre disposition à Austin, au Texas, comme les grands réseaux, Google ou Perplexity. Je pense que chaque expert l’a dit jusqu’à présent, mais ça avance vite. Tout le monde essaie de trouver une solution ou de s’impliquer rapidement. C’est d’ailleurs un avantage parce qu’on veut prendre part à l’action, mais de nombreux signaux d’alarme sont présents, justement en raison de la rapidité des événements.

Je pense donc que ce sujet mérite une discussion approfondie : quelle sera la suite des événements et dans quelle mesure cette technologie sera-t-elle mise sur le marché en toute sécurité? Je suis très heureux d’être ici.

Michelle Beyo :
Oui. Je pense que nous devons commencer à la base, n’est-ce pas? Quand je pense à l’IA agentique, je me dis aussi que, dans l’écosystème des paiements, on doit s’appuyer sur le processus de connaissance du client pour s’assurer que c’est la bonne personne qui fait l’achat. Dans quelle mesure sommes-nous prêts à faire confiance au processus de connaissance du conseiller qui est un agent et qui agit au nom d’une personne? Car il faut s’assurer qu’aucun acteur extérieur ne tente de s’immiscer dans le processus. Voici donc la question : sommes-nous prêts à faire confiance aux agents IA? La réponse est-elle oui? Non? Et pourquoi? Je vais y aller en ordre inverse cette fois-ci. Mike.

Mike Ward :
Oui. À mon avis, les gens font généralement confiance à de nombreuses plateformes différentes lorsqu’il s’agit d’effectuer des transactions. Il existe des agrégateurs sur lesquels on peut simplement indiquer qu’on veut partir en vacances. Qu’on veut rester à cet hôtel. Qu’on veut louer une voiture d’une telle compagnie aérienne. Pas vrai? Les identifiants et les données sont transmis rapidement. Comme vous le savez, il existe des technologies qui permettent ce type de transactions.

Je pense donc que ce n’est pas un grand pas à franchir pour les gens. Ensuite, mettons ce processus dans un tableau de bord bien conçu, par exemple dans Claude ou Gemini. Je pense que s’il y a des cas de fraude ou des commentaires négatifs à court terme, les gens seront peut-être un peu plus réticents ou hésitants, mais je ne pense pas qu’il faudra beaucoup de temps pour que cet élan prenne de l’ampleur. Selon nous, le mouvement s’accélérera grâce à des transactions plus simples. Je ne vais probablement pas autoriser un agent IA à planifier des vacances en famille et à dépenser 5 000 $ pour tout réserver. Par contre, je lui permettrais de me faire livrer du papier hygiénique demain matin et quelques autres articles. Je pense que ce genre de transactions commencera à se multiplier assez rapidement.

Michelle Beyo :
J’adore ça. Pour revenir à vous, David, dans le domaine bancaire, vous avez des exigences réglementaires très strictes sur la façon dont vous vérifiez l’identité du consommateur. Comment pouvez-vous vérifier que l’agent est bien l’agent lié au consommateur?

David Tax :
Eh bien, pour répondre à ta question, nous n’en sommes pas encore là. La confiance, c’est difficile à gagner et facile à perdre. Donc, je pense que, compte tenu de notre position actuelle, cette expérience risque d’être encore trop inégale pour pouvoir être véritablement déployée à grande échelle. Il faut que des éléments fondamentaux soient mis en place. C’est vraiment ce qui va stimuler le succès potentiel de ces technologies à moyen et long terme. Mais je suis d’accord avec ce que Mike a dit. Tout commence par des transactions simples. Au fond, ce qui est à la base de ces transactions agentiques, c’est l’objectif. Quel est l’objectif? Pour l’instant, nous ne sommes pas encore à l’étape où on peut simplement dire : « Réserve-moi un séjour de trois jours à Miami ». Il faut mentionner l’achat d’un UGS précis auprès d’un commerce précis. Et il y a un humain qui intervient. Pour revenir à ce que vous avez dit, nous pourrions peut-être lier les identités et faire en sorte que l’humain soit exclu du processus parce que nous savons qu’il s’agit de la bonne personne ou que son objectif est clair.

C’est vraiment cette direction qu’il faut prendre. Donc, oui, à plus long terme, nous aurons des objectifs plus vagues, plus larges. Idéalement, le modèle devrait connaître la personne. Qu’est-ce qu’elle aime? Quel est son type d’acheteur? Est-elle axée sur la valeur? Est-elle plutôt économe? C’est ce genre de détails qui devront être automatiquement pris en compte pour que l’agent puisse agir sans instruction précise. Cette partie prendra un peu plus de temps. Il faudra bâtir cette confiance. C’est à ce moment qu’on passe d’un seul article à la certitude que l’agent IA réservera ce qu’on veut, selon un profil précis. Comme vous l’avez dit, il faudra mettre en place beaucoup d’éléments fondamentaux au cours des prochaines années pour en arriver à cette étape ou à ce niveau de confiance.

Mike Ward :
Permettez-moi de donner un bref exemple. Je ne sais pas si vous êtes nombreux à aller en ligne pour faire des achats avec les technologies actuelles, mais je pense que la confiance pourrait s’établir rapidement. Par exemple, si je tape dans Google que j’ai besoin d’une paire de souliers Nike noirs, une liste d’endroits où je pourrais acheter ces chaussures va apparaître. Si je soumets ces informations à un agent IA, il demandera : « À quoi te serviront ces chaussures? ». Est-ce pour les sentiers de course? Est-ce pour l’intérieur, pour le gymnase? Est-ce pour ci ou cela? L’agent IA commence à me guider et à me faire penser à des aspects auxquels je n’avais peut-être pas réfléchi. Donc, tout d’un coup, je me dis que c’est plutôt intelligent. Oui, c’est vrai, j’en ai besoin pour m’entraîner à l’intérieur. J’ai déjà une meilleure idée de ce dont j’ai besoin.

Tout à coup, les résultats sont très différents de ceux obtenus par une recherche classique. Qu’on parle de confiance ou simplement d’un processus d’apprentissage, c’est intéressant. Pas vrai? Je pense que la situation va évoluer beaucoup plus rapidement que prévu.

Michelle Beyo :
Oui. Ces agents en viennent à nous connaître mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, voire mieux que nos proches. Aviva, vous qui venez du domaine de la cybersécurité, est-ce que nous sommes prêts à faire confiance aux robots?

Aviva Klein :
Pour poursuivre dans la même veine que les autres, je pense que tout dépend de la tâche qu’on demande à l’agent de faire. Je pense que les cas d’utilisation plus simples et plus précis seront plus rapidement réalisables. Des types de cas d’utilisation, comme demander l’amélioration des liquidités, c’est très vaste. Je ne pense pas que nous en sommes là. Par exemple, si on prend les banques canadiennes et leurs investissements en matière d’IA agentique, l’accent est sur l’infrastructure et non sur la présentation. Les Canadiens ne peuvent pas interagir directement avec un agent, du moins à ma connaissance. Si quelqu’un en sait plus, dites-le-moi. Prenons la Banque TD parce que je vois son logo. Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire. Il existe de nombreux risques très inquiétants qu’il faut évaluer. Les risques de cybersécurité, les risques systémiques. On peut imaginer un robot malveillant qui provoque une panique bancaire. Comment les banques pourraient-elles gérer une telle situation? 

Je pense que les banques vont encore évaluer les risques et la responsabilité avant d’aller plus loin.

Michelle Beyo :
C’est une affirmation pertinente. Pensons à cette liaison du point de vue de l’identité. Peut-être que nous n’en sommes pas encore là, mais les processus de connaissance du client et de connaissance du conseiller sont une certaine forme de validation qui permettent de s’assurer que c’est le bon agent et que ce n’est pas un acteur extérieur qui prétend être l’agent. Comment pouvons-nous nous assurer qu’ils sont liés avec consentement?

Nate Soffio :
C’est délicat. Prenons Gemini ou Claude. Il y a des essais de fonctionnement pour la recherche et la découverte. Est-ce un meilleur Google? Eh bien, nous verrons. Je pense qu’il est facile de mettre fin à cette dimension de découverte dans ces grands modèles de langage. Disons que j’effectue une recherche pour des chaussures Adidas Samba. La plupart des solutions d’intégration ne sont pas encore assez sophistiquées pour pouvoir acheter les chaussures directement dans un clavardage. Il y a des validations de principes et des projets pilotes, d’accord. Ils ne sont pas exempts de risque, mais, dans une telle situation, j’aime quand même passer par le site Adidas.com pour passer ma commande. 

Cela dit, il y a deux questions fondamentales qu’il vaut la peine de soulever du point de vue de l’identité. La première est simplement la façon dont nous insérons une identité dans un flux de transactions commerciales ou un ensemble d’interactions. C’est ce qu’on appelle une liaison. C’est le terme communément utilisé. Selon moi, ce qui est intéressant ici, ce sont tous les protocoles qui ont été publiés assez récemment, qu’il s’agisse de Visa Tap, de Verifiable intent pour Mastercard, AP2 et ainsi de suite. Ils ont tous une lacune en matière d’identité. C’est logique quand on pense aux fournisseurs de paiements ou aux fournisseurs d’infrastructure de paiement qui sont des fournisseurs mondiaux par défaut. Ils ne sont pas en mesure de revendiquer des droits territoriaux spécifiques quant à la manière de gérer l’identité dans tel ou tel pays. Ils ont simplement des espaces réservés. La question est donc de déterminer les entreprises qui peuvent occuper ces espaces réservés et les mécanismes en place pour lier par cryptographie une identité à un agent, à un environnement d’exécution, à une tâche ou à une chaîne d’événements. Donc, le premier problème est d’intégrer l’identité d’une façon que l’IA peut comprendre, entre guillemets.

La deuxième question concerne davantage le risque systémique. Pour décrire ce concept, j’utilise souvent l’explication suivante : on peut exposer une identité à un agent et on peut comprendre comment celui-ci gère l’authentification, l’autorisation et l’identité, mais cette approche ne permet pas de déterminer comment on peut autoriser l’agent à effectuer une action. L’action peut se répartir sur différents aspects. Prenons l’exemple d’un cadre sur lequel sont représentées deux sections. La première section représente la présence ou l’absence de l’humain. Donc, dans le clavardage, est-ce que je fais une action ou je demande à l’agent de faire une action, comme effectuer un achat, et je m’en vais? C’est la première partie.

La deuxième section est le type d’interaction : ouverte ou fermée? Dans le cas d’une interaction ouverte, je pourrais donner un budget de 5 000 $ et demander de planifier mes vacances à Vancouver. Dans le cas d’une interaction fermée, je pourrais demander de surveiller le prix de billets sur Priceline et de les acheter dès qu’ils coûtent moins de deux cents dollars. La structure d’autorisation, le consentement, la piste de vérification, tous ces éléments sont propres à chaque situation. L’humain doit aussi être tenu au courant de certains scénarios. Bref, même si des dizaines d’années de travail ont été consacrées à l’authentification, à l’autorisation, à la vérification de l’identité, à la connaissance du client et aux aspects liés à l’humain en général, beaucoup d’éléments nouveaux doivent encore être mis en place. Ces éléments peuvent donc être intégrés aux interactions des agents. La situation actuelle ne sera plus la même dans 12 mois ni dans 24 mois.

Michelle Beyo :
Oui, nous sommes à l’aube du changement. Nous l’avons tous mentionné. Ce n’est pas une discussion qui durera neuf ans. C’est un phénomène qui se produit à l’échelle mondiale. Nous devons donc déterminer comment ce commerce agentique va fonctionner. À ce propos, quels sont les obstacles actuels au bon fonctionnement de ce commerce agentique? En y réfléchissant, on peut se demander le mode de paiement qui sera utilisé. Par exemple, je viens du domaine des prépaiements. Alors, je me demande si cette technologie sera assortie d’une carte prépayée. Est-ce que cette carte sera liée à un identifiant principal? Est-ce que des mesures seront prises pour éviter une utilisation excessive? Est-ce que ce sera une cryptomonnaie stable parce que c’est programmable? J’ai tellement de questions, mais je peux seulement en poser deux à chacun d’entre vous. Je vais donc commencer par David et ensuite Nate.

David Tax :
Oui. Tout dépendra beaucoup de ce qu’on veut faire. Je pense donc qu’en grande partie, les fondations présentes vont rester en place. Il y a certainement une possibilité de bâtir sur ces fondations. Prenons le cas des transactions commerciales traditionnelles. Les réseaux de cartes essaient rapidement d’établir cette base de confiance. Comme nous l’avons déjà dit, ces éléments liés à l’identité ne sont pas très différents du commerce électronique, de la segmentation en jetons et de tout ce que nous essayons déjà de mettre en place. L’objectif est de s’assurer que le client est bien celui qu’il prétend être. C’est lui qui est à l’origine de cette transaction. C’est ce qu’il veut faire. Je peux donc confirmer son identité de façon appropriée. Qu’il s’agisse d’Intelligent Commerce de Visa ou d’Agent Pay de Mastercard, l’objectif est vraiment que ce secteur ait le même niveau de confiance que celui du commerce électronique. Ce sera donc la première étape.

En ce qui concerne votre deuxième point, je pense qu’il y a deux ou trois éléments qui entrent en compte et c’est là que l’IA agentique devient plus intéressante. L’innovation est toujours une question d’opportunité. On peut parler des tendances ou du contexte des paiements en temps réel d’il y a neuf ans ou peu importe, c’est toujours une question d’opportunité. Ce qui était vrai avant ne l’est peut-être plus aujourd’hui. Mais il est évident que nous nous intéressons à des aspects qui, à court ou à moyen terme, auront une incidence marquée.

Selon moi, la première chose à prendre en compte, quand on envisage de faire appel à l’IA agentique pour réaliser des tâches, c’est que l’un des plus gros obstacles à l’adoption de nouveautés est simplement l’inertie, le comportement des consommateurs et les habitudes. Pas vrai? Par exemple, les entreprises qui mettent en place des procédures, comme l’utilisation des virements électroniques au lieu des chèques. Les gens sont tenaces sur ce point. Par contre, si ce sont les agents qui prennent les commandes, ça change un peu la donne. Le processus mental, le délai potentiel et l’évolution prennent une nouvelle dimension, car il n’est pas nécessaire que chaque personne adhère au principe. Il est seulement nécessaire qu’elles adoptent une technologie qui se présente comme un meilleur outil. Par exemple, les numéros de compte sont déjà en mémoire pour des paiements en temps réel.

Le deuxième élément, comme je l’ai dit, concerne les cryptomonnaies stables, les dépôts sous forme de jetons ou une chaîne de blocs de technologie des registres distribués. Encore là, je pense qu’il y a une question d’opportunité. Quand nous avons examiné ces concepts pour la première fois il y a 10 ans, dans le cadre du projet Jasper de la Banque du Canada, ces technologies n’étaient pas encore tout à fait au point. Les gens ne comprenaient pas. La valeur n’était pas aussi claire. Pourtant, lorsqu’on se penche sur les allocutions, on constate que les banques britanniques mettent en place des plateformes de dépôts sous forme de jetons et que les banques centrales s’engagent dans des projets comme le projet Agora. Les pièces commencent à s’assembler pour permettre à la segmentation en jetons de prendre son essor. Je pense donc que cette technologie constituera un cas d’utilisation potentiel pour les micropaiements, par exemple. Pour répondre à votre question, à l’époque, il était question de prépaiement, de valeur de réserve. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire de s’appuyer sur ce système en boucle fermée. À mon avis, le seul bémol est la programmabilité. Celle-ci est-elle vraiment indispensable si les agents eux-mêmes peuvent se charger de la programmation? Dans cette optique, ont-ils besoin d’un système de paiement programmable ou simplement d’une solution bon marché, instantanée et à règlement automatique? Cette solution offrirait-elle les mêmes fonctionnalités, la même infrastructure ou le même actif de paiement? Mais je pense que c’est le genre de choses auxquelles nous allons réfléchir.

Il y aura donc de nouveaux cas d’utilisation et des nouveaux systèmes. Pour nous, dans ce secteur, je pense que c’est cette structure qui détermine le temps qu’il faudra pour adopter une technologie. Avec l’automatisation par IA agentique de plus en plus répandue, ce processus prendra de l’ampleur rapidement. Nous devons nous montrer réactifs pour nous adapter à cette évolution.

Michelle Beyo :
J’aime vraiment que votre analyse ait été aussi approfondie, jusqu’aux actifs segmentés en jetons. Vous avez aussi mis en avant les moyens les plus rapides et les plus simples qui permettront aux agents de fonctionner dans ce nouvel environnement. À votre tour, Nate. Pourriez-vous nous résumer les éléments nécessaires pour mettre en place cette technologie?

Nate Soffio :
J’ai une réponse naïve à vous donner et une réponse un peu plus précise sur la façon dont nous pensons que les incitatifs vont s’harmoniser du point de vue de l’écosystème.

Donc, la réponse naïve est que tous ces modes de paiement seront disponibles dans le commerce agentique et les interactions agentiques. Nous avons tous déjà fait des achats sur Amazon, Shopify, etc. Il y a une panoplie de boutons. Par exemple, payez avec Shop, payez avec PayPal ou payez avec Venmo. Il faut s’attendre à retrouver les mêmes éléments, à un niveau très superficiel, dans les expériences agentiques. L’expérience utilisateur est à déterminer à ce sujet.

Deux aspects deviennent un peu plus complexes dès qu’on a d’un côté une personne et, de l’autre, un commerçant ou une autre partie. Au milieu, on retrouve un enchevêtrement complexe impliquant entre autres un grand modèle de langage et du code (peut-être celui du commerçant). Deux éléments diffèrent considérablement de la manière dont nous concevons généralement le fonctionnement des paiements dans le commerce aujourd’hui. Tout d’abord, comme David l’a déjà mentionné, l’optimisation va avoir un aspect différent.

D’une manière insidieuse, ce changement va nous amener à déterminer la quantité d’informations que nous, en tant que consommateurs, sommes prêts à fournir aux grands modèles de langage concernant nos modes de paiement et nos préférences de paiement. Allons-nous exposer notre historique d’achats, comme pour alimenter la mémoire d’un projet? Ce genre de choses. On pourrait dire que plus on procède ainsi, sans parler du consentement, plus l’agent sera optimisé pour répondre à nos besoins. Par exemple, si je fais une réservation de voyage, il utilisera cette carte. Si j’envoie de l’argent à l’étranger, il utilisera Felix, qui utilise des cryptomonnaies stables. Il saura en quelque sorte quoi faire pour minimiser les frictions. Super.

L’envers de la médaille, cependant, c’est que les paiements par IA agentique, quels qu’ils soient, ne peuvent pas vraiment fonctionner sans être liés à une identité. C’est d’ailleurs ce qui explique notre présence aujourd’hui. C’est différent d’un protocole 3D Secure, qui repose sur une authentification et une autorisation après coup. Voilà pourquoi nous devons mener des discussions bizarres sur le transfert de responsabilité, les nouveaux types d’échange et d’autres sujets de ce genre. Il est facile de dire qu’il y aura tout simplement des boutons sur une page et que les consommateurs feront leur choix par inertie, ou encore que le grand modèle de langage s’occupera de l’optimisation à leur place.

Toutefois, il existe un troisième facteur à prendre en compte : certains systèmes peuvent être plus sûrs que d’autres et leurs coûts peuvent varier, tant pour les consommateurs que pour les commerçants, selon les garanties ou la protection contre les rétrofacturations intégrées. Nous ne savons pas encore à quoi ce système ressemblera, mais nous devons nous attendre à une situation où ces trois éléments risquent de se chevaucher.

Michelle Beyo :
Je comprends tout à fait. Ma prochaine question concerne la confiance en matière de programmation. En effet, je pense que nous commençons à constater qu’il n’y a pas de norme mondiale qui s’applique. Il n’y a pas de norme ISO pour le commerce agentique. Nous n’en sommes pas encore là, mais il faut absolument que nous pensions à cet aspect, du moins à titre indicatif. Amex vient d’annoncer qu’elle assumerait la responsabilité de l’agent. C’est la première entreprise de l’écosystème à le faire. Aviva et Mike, je voulais connaître votre opinion. Avons-nous besoin d’une réglementation? Avons-nous besoin d’une norme? Que faut-il faire pour s’assurer que nous atteignons cette étape ensemble, et non pas qu’un seul acteur l’emporte simplement parce qu’il a été le premier à proposer une solution fiable? Commençons par Aviva.

Aviva Klein :
Je pense que nous avons absolument besoin d’interopérabilité. Ces agents vont parcourir tout l’univers numérique. Pour que ce processus fonctionne, il faudra dépasser les frontières, qu’elles soient géographiques ou organisationnelles. Il faut donc se positionner et se préparer à l’interopérabilité. Nous devrons donc établir une norme commune, et reconnue par tous les acteurs de l’écosystème, qu’il s’agisse d’une norme ISO ou d’une norme pour les codes EMV. Nate en a un peu parlé, mais il faut que ces agents fassent l’objet d’une authentification appropriée, et pas seulement l’agent, mais aussi l’utilisateur qui se lie à un agent.

Le consentement sera extrêmement important, et pas seulement une fois, mais tout au long de la tâche de l’agent. Certaines demandes seront très vastes. Par exemple, j’ai besoin d’une paire de chaussures noires. Une autre sera « améliore mes finances ». Selon moi, les agents veulent simplement nous faire plaisir. Ils veulent simplement faire ce qu’on leur demande. Ils seront prêts à tout pour répondre aux besoins de l’utilisateur. À mon avis, cet aspect change vraiment le consentement et l’orientation. Cette orientation pourrait changer au fil d’une série de microdécisions. Par exemple, le consentement initial ne correspond plus nécessairement à ce que l’agent fait maintenant. On peut d’ailleurs établir un parallèle avec les réseaux de cartes bancaires en pensant au paiement sans contact Après quatre paiements sans contact, il faut insérer la carte et saisir le NIP. C’est comme une authentification supplémentaire qui sert de mécanisme de contrôle. Je pense donc que des normes communes et l’interopérabilité seront extrêmement importantes, surtout en ce qui concerne l’authentification et le consentement. On peut aussi penser à la manière dont on lie l’agent, à la définition de ses limites, c’est-à-dire ce qu’il peut ou ne peut pas faire, et à la façon dont les données sont créées et stockées de façon cryptographique. La piste de vérification sera aussi très importante. Qu’a fait l’agent? Pas seulement quoi, mais pourquoi l’agent l’a-t-il fait? Ce sera crucial de pouvoir revenir en arrière pour analyser la situation. Imaginez que vous avez commandé une paire de chaussures, mais que, malencontreusement, vous en recevez cinq cents. Vous ne serez pas très heureux du résultat. Cet exemple démontre clairement l’importance de la vérification. Selon moi, le caractère révocable prendra une importance cruciale : l’humain doit pouvoir intervenir pour arrêter le processus. Je pense aussi à cette idée d’avoir l’humain dans la boucle, car on nous demande constamment de commenter les paiements.

Dans cette optique, comment pouvons-nous continuer à garder notre place dans l’ère de l’intelligence artificielle, où nous commençons à confier à ces agents des tâches très vastes? Ce sera d’abord une paire de chaussures ou un rouleau de papier toilette, puis, très vite, on passera à la gestion des finances. Ces éléments devront faire donc l’objet d’une réflexion approfondie.

Michelle Beyo :
Oui, nous avons encore du chemin à faire, mais on avance à grands pas. Mike, de quoi avons-nous besoin? Je sais qu’aux États-Unis, tout le monde a son propre rythme, mais, compte tenu de Silicon Valley et que la plupart des grands modèles de langage sont basés aux États-Unis, de quoi avons-nous besoin? Je sais aussi que les États-Unis ne sont pas très friands de réglementation. Faut-il une norme pour apporter un peu de clarté? Selon vous, quels sont les éléments nécessaires?

Mike Ward :
Je pense que ce pourrait être une norme. Je pense aussi que les acteurs présents sont importants. Visa et Mastercard sont évidemment de grandes entreprises. Je pense qu’ils essaient de forcer une solution qui ne convient pas aux circonstances en raison des moyens à leur disposition pour le moment. Ils essaient de la faire fonctionner malgré tout. Selon moi, cette situation suscite beaucoup d’inquiétude, car ce système ne protège pas le consommateur comme il devrait ou ne contrôle pas l’agent comme il faudrait. Même si je suis assis à côté de David et qu’il est plus costaud que moi, je pense que les banques doivent s’impliquer davantage. C’est la position que nous devrions adopter, car, en fin de compte, le consommateur accorde généralement sa pleine confiance à son institution financière. Pas vrai?

Prenons une simple transaction. Dans le contexte actuel, s’il y a un problème avec la transaction, qui vais-je appeler? Est-ce que j’appelle Perplexity? Est-ce que j’appelle Claude? Probablement pas. Est-ce que je sais qui est le commerçant concerné? Est-ce que tous mes renseignements ont été transférés pour établir un lien entre moi et Walmart, où j’ai effectué l’achat? Ce serait probablement une bonne idée d’appeler. Mais Walmart me dira qu’elle n’a pas participé au processus. Pas vrai? Il n’y avait aucun lien entre nous. Je pense que l’émetteur pourrait être beaucoup plus impliqué dans les activités, par exemple dans le processus de connaissance du client pour pouvoir procéder à la validation ou renforcer l’authentification. Au fond, pour approuver la transaction. Pour dire oui, j’autorise le commerçant à faire cette transaction. C’est légitime. Aussi, les reçus. Où seront-ils conservés?

Je crois que les banques pourraient jouer un rôle clé et ainsi renforcer la sécurité et favoriser la gestion du processus. Et ce qui m’inquiète pour l’instant, c’est que les acteurs américains, pour ne citer qu’eux, participent à la conversation, mais ne prennent pas nécessairement position comme ils le pourraient. Il y a beaucoup d’intermédiaires. Si nous pouvions enlever certaines de ces intermédiaires, nous pourrions passer directement à la source, soit les acteurs auxquels le consommateur s’adressera probablement et en qui il a le plus confiance. Laissons-les prendre la place qu’ils devraient prendre.

Michelle Beyo :
Oui. Vos propos me font penser à un point. J’aime découvrir les nouvelles technologies depuis de nombreuses années. J’aime comprendre les choses et m’adapter. J’ai peut-être cinq cartes de crédit, certaines pour affaires, d’autres pour mes dépenses personnelles. C’est ainsi que je gère mon écosystème de paiement. Quand je pense aux agents, je n’en veux que quelques-uns. Je veux savoir qui ils sont, qui les a créés et comment je peux mettre fin à une demande. Alors, selon vous, qui seront ces agents? Je ne sais pas si je fais confiance aux grands modèles de langage pour agir en mon nom en tant qu’agents. Je n’ai pas de lien de confiance avec ces modèles. Sur le plan de la transparence, je ne leur confierais pas mes données. Je veux me protéger. Alors, d’après vous, d’où viendra cet agent, soit un agent en qui on pourra avoir confiance? D’une grande société? D’un grand modèle de langage? D’une banque? D’un fournisseur de service de paiement? D’une combinaison de toutes ces entités? En tant que consommateurs, comment allons-nous gérer ces agents et nous protéger? Par exemple, je ne veux pas que ma fille ait quatre agents et que mon fils en ait deux ou trois et que tout soit lié à ma carte de crédit. Comment pourrions-nous gérer ce type de situation? Nate, vous venez du domaine de l’identification numérique. Je vais donc m’adresser à vous en premier. En qui avez-vous confiance?

Nate Soffio :
Oh, bonne question!

Michelle Beyo :
Ce n’était pas sur la liste de préparation, je m’excuse. La question m’est venue à l’esprit.

Nate Soffio :
J’ai l’impression d’avoir une patate chaude entre les mains. C’est une question très difficile sur le plan architectural. Je pense qu’il faut dissiper une idée reçue : l’idée selon laquelle un agent posséderait des connaissances ou des compétences de manière innée. Il est peut-être plus facile de considérer un agent comme une sorte de conteneur. Si vous utilisez Perplexity, Claude ou un autre outil de ce type et que vous y utilisez des agents, ces derniers auront en quelque sorte leur propre identité entre guillemets, car ils proviennent d’un fournisseur d’agents. Vous utilisez un agent Claude, un agent Gemini ou n’importe quel agent. Ou encore, si vous vous trouvez sur un site de commerçant qui utilise les services AWS, il s’agit d’un agent créé par Route 53 d’AWS. C’est un conteneur. Il y a une personne, un agent, un agent du commerçant et peut-être un commerçant. On peut dire que cette personne est bien réelle et que son identité a été authentifiée, mais on se retrouve alors avec un modèle à quatre parties. J’espère que le terme modèle à quatre parties vous est familier. C’est un concept qui s’applique toujours dans les cadres des interactions par IA agentique. D’un côté, il y a la personne et, de l’autre, il y a le commerce ou l’autre partie. Il y a ensuite l’agent, et puis il y a cet autre élément particulier, soit le champ d’application. Autrement dit, la nature des actions à réaliser dans cette interaction entre la personne et le commerçant ou entre la personne et l’autre partie.

Il en découle donc deux éléments. Premièrement, il me semble plus facile de représenter les interactions agentiques en se disant que tout se fait entre paires, peu importe qui se trouve de chaque côté. Par conséquent, les gens, les commerçants, les autres parties et les agents doivent toujours s’authentifier pour réaliser une action. Même s’il s’agit d’un agent d’un grand modèle de langage, tout le monde doit s’authentifier. Le processus d’authentification est extrême, mais les parties ne peuvent pas se faire aveuglément confiance en raison du nombre d’intermédiaires en jeu. Ce n’est pas comme acheter une slush dans un dépanneur. Il n’y a pas d’intermédiaire. Il y a les agents, les grands modèles de langage, les agents des commerçants. Tout le monde doit s’authentifier. C’est donc un cadre. Venons-en maintenant à la question qui porte sur l’intégration de la dimension humaine dans les interactions. Il y a les attributs et les clés. Le travail que j’effectue chez Prove porte en grande partie sur cet aspect. Les attributs à vérifier peuvent être votre nom, votre adresse d’expédition ou certaines informations personnelles. Par exemple, il peut s’agir d’un jeton de paiement lié à un identifiant pour une carte.

Et puis il y a les clés. Normalement, quand on pense aux clés, on pense à l’authentification ou aux paires de clés privées-publiques. Dans le contexte des agents, les clés revêtent une importance capitale parce qu’elles permettent à une identité vérifiée d’apposer des signatures numériques sur tous les événements et toutes les étapes effectuées par les intermédiaires. Pour revenir à ce qu’a dit Aviva, comment pouvons-nous prouver que cette chaîne d’événements s’est réellement produite et qu’il n’y a pas eu de décalage dans la transmission des informations? En ayant une personne de confiance qui possède les attributs et les clés appropriés et qui a approuvé la série d’événements, on peut avoir un journal d’audit, un processus de résolution des différends et un cadre pour les recours, car il y a une solution de bout en bout. Le défi est toutefois de taille, parce que cet écosystème regroupe différents types d’acteurs qui doivent s’entendre. Il faut ensuite que les entreprises spécialisées en matière d’identité et d’authentification déterminent leur implication dans ce domaine, si ce n’est déjà le cas. Il va sans dire qu’une telle situation implique une coordination complexe à réaliser à très court terme.

Michelle Beyo :
Alors, à qui feriez-vous confiance pour être votre agent?

Nate Soffio :
À personne pour le moment.

Michelle Beyo :
En effet. Quelqu’un a-t-il une opinion? Je me rends compte que plusieurs entreprises en savent beaucoup à notre sujet et que les grands modèles de langage en savent encore davantage. Dans cette optique, à qui voudriez-vous confier cette responsabilité et accorder votre confiance?

Mike Ward :
Je pense que tout dépend du niveau de confiance. La plupart des personnes présentes aujourd’hui ont une perception différente de celle d’une personne ordinaire. Ça me fait penser à ma fille de 13 ans. Le bouton d’achat apparaît parfois sur Gemini. On peut utiliser cette fonction pour certains commerçants. Alors pourquoi connaît-elle Gemini? Parce qu’elle connaît Google. Parce qu’elle est déjà familière avec la marque. Une personne ordinaire accorde généralement sa confiance à une marque qu’elle connaît. Je ne dis pas que ce sera forcément Gemini plutôt qu’une autre marque. Mais beaucoup de gens connaissent Google, donc je donne juste un exemple.

Michelle Beyo :
Oui. En effet. C’est une question difficile. Je ne l’avais pas préparée.

David Tax :
Personne n’a de boule de cristal. Exact. Regardons en arrière. Il y a 12 mois, la course pour les modèles battait son plein. Celui qui avait le plus gros modèle, le meilleur modèle, allait l’emporter. Ce n’est plus vraiment le cas maintenant. On remarque une certaine différenciation. Chaque modèle a ses points forts dans des domaines différents. J’ai tendance à croire que la situation évoluera dans ce sens. Je crois que des questions s’imposent : est-ce qu’il sera question de boutique d’applications? De banques? D’entreprises de paiement? Est-ce que les commerçants serviront de Model Context Protocol pour les acteurs principaux? Est-ce que les gens commenceront plutôt à créer des solutions personnalisées? Par exemple, un agent pour le magasinage d’une tierce partie, pas un fournisseur principal. On ne sait pas encore comment la situation va évoluer, mais pour revenir à ce que vous disiez, les gens ont tendance à se tourner vers ce qui fonctionne. Ce qui est plus efficace va donc s’imposer. Il y aura forcément un minimum de reconnaissance de la marque, de notoriété ou de confiance, mais chacun aura son propre point de vue. À mon avis, l’agent qui s’imposera sera celui qui connaît le mieux l’utilisateur ou qui a accès aux données. Dans un autre ordre d’idées, hier soir, vers minuit, je me suis souvenu de tous ceux qui étaient ici il y a sept ans pour la table ronde. Le SOMMET de Paiements Canada de 2019. Tim Berners-Lee a prononcé un discours. Certaines personnes s’en souviennent probablement. J’en arrive à mon argument sur l’innovation et l’opportunité. Il a présenté un concept selon lequel chaque utilisateur conservait ses propres données. C’était comme une réinvention du monde numérique, où l’on transportait nos données. Lorsqu’on accédait à ces données, ou qu’on visitait un site Web, les données n’étaient pas prises. Un accès était plutôt offert aux fins d’exploitation. Les données n’étaient pas forcément stockées, recueillies ou gérées comme le font les grandes entreprises technologiques. Aujourd’hui, tout est une question de plateforme et de centralisation. Je me suis donc demandé si cette approche ou cette technologie convenait mieux à un contexte comme celui de l’IA ou d’un monde agentique, où on est vraiment propriétaire de nos propres données. Je parlais tout à l’heure des attributs personnels. Il y a des sources de données traditionnelles, des attributs et des informations provenant de données transactionnelles et comportementales. Par contre, si l’information nécessaire est une pointure de chaussure, on ne veut pas avoir à le dire chaque fois à l’agent. Par exemple, une personne chausse une pointure 9,5 chez Puma et préfère le modèle rose avec du noir. Avec le temps, ce genre de détails devrait être automatiquement enregistré. Ce devrait être le cas pour l’ensemble des agents. Il faudrait pouvoir transférer tout ce contexte vers un autre fournisseur. Revenons à ce que Mike a souligné plus tôt : qui sont les acteurs dignes de confiance? Bien sûr, les banques sont certainement bien placées. C’est là encore que la coordination et la collaboration de l’industrie doivent entrer en jeu. En fin de compte, en ce qui concerne les normes, la question est de savoir qui est responsable à chaque étape. La norme permettra de clarifier les responsabilités. Ensuite, l’idéal serait d’attribuer les responsabilités et l’accès aux bonnes informations aux bons endroits. Par exemple, dans les endroits les plus fiables et sécuritaires. À partir de là, c’est un effet boule de neige. Le secteur évolue à un rythme effréné. En comparant ces scénarios théoriques ou idéaux au rythme de l’innovation et de l’activité sur le marché, on se demande si ces éléments finiront par s’harmoniser ou s’ils prendront des directions différentes. C’est donc ce qui m’a fait penser à ce discours. Peut-être que la réalité suivra le même chemin. Peut-être avons-nous tous un rôle à jouer pour concrétiser cette réalité.

Michelle Beyo :
Je suis ravie que vous en ayez parlé et je regrette de ne pas avoir pu discuter avec Tim Berners-Lee. J’adore son dernier livre, « This Is for Everyone The Missing Element of the World Wide Web ». Il parle d’un solide projet : un module de données dont les données sont seulement repérées et non récupérées. Par exemple, une infrastructure conçue pour la protection de la vie privée dans le cadre de laquelle un agent ne conserve pas les données, mais effectue simplement une vérification de l’identité. Je me plains constamment que les hôtels détiennent mes données, parce que je pense que ce sont les endroits les moins sécurisés qui détiennent nos données. Ils ont notre passeport, notre nom, notre adresse, notre date de naissance et notre carte de crédit. Les malfaiteurs adorent les données des hôtels. Il faut trouver une façon plus sécuritaire. Par exemple, il faudrait qu’un agent puisse réserver un hôtel en mon nom, mais sans partager mes données. Pour ce faire, les agents devraient contribuer à la protection de nos données ou il faudrait que cet aspect fasse partie de leur mandat. Bon, il reste seulement du temps pour quelques questions supplémentaires. Je serais ravie de répondre à une question de l’auditoire. Donc, si vous en avez une en tête, j’en ai une autre pour mes panélistes. J’aimerais beaucoup avoir une question de l’auditoire. En fait, j’ai deux questions. Je vais donc essayer de m’adresser à deux d’entre vous. Premièrement, le système bancaire ouvert est en quelque sorte le mécanisme de consentement pour l’échange de données de l’IA agentique, s’il est bien fait. Par exemple, si je ne suis plus satisfaite de mon grand modèle de langage, je devrais pouvoir transférer toutes les données apprises à mon sujet à un autre agent, si on avait vraiment un système de données ouvertes. Nous n’en sommes pas encore là, mais quelqu’un doit y réfléchir. Si on se lance dans les finances par IA agentique et qu’il me faut obtenir le consentement de cet agent, le système bancaire ouvert semble être la solution parfaite pour gérer ce processus de consentement, à condition que ce soit bien mis en place avec la bonne API.

Je ne sais pas qui veut répondre à cette question parce que je l’ai en quelque sorte sortie de nulle part, mais je pense que c’est vraiment intéressant. Nous avons besoin du flux de données et du consentement de l’agent.

Nate Soffio :
Je dirai brièvement que mon ancienne entreprise, Portabl, était membre de FDX. On aimait vraiment faire partie de cet organisme en raison des normes d’accessibilité et de conception. Les fournisseurs de services bancaires ouverts devaient respecter ces normes pour que les gens sachent qui accède à quoi, dans quel but, dans quelles conditions, pendant combien de temps. Rien de moins. C’est un sacré bon paradigme. Le problème, c’est lorsqu’un agent IA ou un grand modèle de langage commence à recueillir toutes sortes d’informations. Bon, certaine de ces informations, je les transmets librement, comme ma pointure et autres tailles, mais personne d’autre que moi n’est dépositaire de ces informations. Je pense que l’intégration des données des systèmes bancaires ouverts dans les grands modèles de langage devrait tout de même respecter ces principes. La question qui se pose alors est la suivante : est-ce que toutes les données feront l’objet d’une autorisation pour toutes les fins? Ne devrait-il pas en être ainsi? En théorie, oui. On se retrouve avec un cauchemar en matière de vie privée pour toutes les personnes concernées. Par contre, on doit penser à l’aspect suivant : chaque action de transfert devrait au moins avoir une mention indiquant si le consentement a été obtenu ou non.

Michelle Beyo :
J’adore ça. Je sais que c’est compliqué. Bon, nous n’avons plus beaucoup de temps. J’ai une question en lien avec le Canada. Aviva, j’allais m’adresser à vous en raison du contexte. D’accord. Nous n’avons pas vraiment de grand modèle de langage principal au Canada, mais il y en a tout de même. En ce qui concerne l’agentique, quel rôle le Canada joue-t-il pour ne pas se contenter d’adopter les innovations des autres, mais pour innover lui-même?

Aviva Klein :
C’est une bonne question. Je ne sais pas si nous avons besoin d’un grand modèle de langage canadien. Je pense que la conception axée sur la confidentialité est importante dans le cadre des grands modèles de langage dont nous disposons. Nous devons nous assurer que nous partageons uniquement les données voulues, sans transférer par erreur des données à notre sujet que nous n’avons jamais voulu divulguer.

Donc, dans cette optique, je ne pense pas que le Canada a besoin de ses propres grands modèles de langage. Je pense plutôt qu’ils devraient s’adapter au réseau canadien, peu importe la forme de l’infrastructure. Par exemple, l’utilisation de cryptomonnaies stables adossées à une devise canadienne comme infrastructure de base. Je ne crois pas qu’un grand modèle de langage canadien sera mis en place. C’est mon opinion.

Michelle Beyo :
Mike, ancien Canadien, toujours Canadien.

Mike Ward :
Toujours canadien. Oui. Je pense que vous soulevez un bon point. Il y a peut-être une version différente. Je crois simplement qu’ici, il y a beaucoup plus d’occasions d’embrasser l’écosystème dans son ensemble. Le fait de disposer d’un système en boucle fermée mieux contrôlé offre davantage de possibilités que dans d’autres endroits. Je pense donc qu’en ayant son propre modèle, en collaboration avec les quatre ou cinq banques qui détiennent une part importante du marché canadien, il est possible d’imposer de bonnes normes et de mettre en place de bons programmes. D’autant plus que ces normes et programmes feraient l’objet de tests et de mesures de contrôle, à l’instar de beaucoup d’endroits. Pas vrai? J’aimerais donc en fait présenter les choses sous un autre angle : l’occasion qui s’offre ici, c’est d’évoluer rapidement. Pas vrai? C’est l’occasion qui se présente maintenant et il faut en profiter. Oui. Étant donné que les agents pourraient représenter 23 pour cent du commerce au cours des deux prochaines années, comment pouvons-nous nous assurer que le Canada tire son épingle du jeu? David. Oui.

David Tax :
Oui. Quiconque innove au Canada depuis des années sait qu’on a tendance à tomber dans le piège où le mieux devient l’ennemi du bien, parce que c’est plus facile. Il n’est pas nécessaire d’avoir six mille banques. Il y a une centaine d’institutions qui touchent pratiquement tout le monde. Avec 10 banques, presque tous les Canadiens ont un compte. C’est un énorme potentiel, mais aussi une grande responsabilité. Donc oui, nous avons tendance à avancer un peu plus lentement que les autres. Il y a certaines choses au Canada, dont nous avons déjà parlé, comme les grands modèles de langage. On ne reçoit pas forcément l’attention nécessaire pour la construction ou le développement sur le marché canadien. Pas vrai? Je crois que certains événements qui se produisent actuellement, comme la souveraineté du Canada et son rôle sur la scène internationale, nous aident à être vus et entendus à l’échelle mondiale, en plus de démontrer l’importance de notre marché. En ce qui concerne les lois sur la protection des renseignements personnels, il y a des aspects plutôt positifs quant à la façon dont les données sont utilisées aux États-Unis et au Canada. Les entreprises ne peuvent pas prendre les données, cocher une case et faire comme bon leur semble. Nous avons des règles un peu plus strictes au Canada. Nous en parlons depuis un certain temps. Le contexte actuel de l’agentique, avec le système bancaire ouvert, la finance ouverte et les données ouvertes, modernise notre loi sur la protection des renseignements personnels en faveur des transactions numériques et des interactions numériques. Nous travaillons sur cette question. Et puis, nous nous demandons : est-ce que nos lois en matière de protection des renseignements personnels sont adaptées à un monde où les agents IA jouent un rôle important? Ou est-ce qu’on va se retrouver avec un cauchemar en matière de conformité aux règles de protection de la vie privée avec des systèmes qui ne fonctionnent pas ou des cases à cocher à l’infini? Donc, encore une fois, ce qui est vraiment important, c’est de trouver le juste équilibre. Mais je pense que le Canada a beaucoup à offrir. Plusieurs pionniers de l’IA ont grandi ici. On retrouve de brillants Canadiens qui font avancer l’innovation aux États-Unis. Je pense que, pour saisir les occasions qui s’offriront à nous, nous devrons éviter de nous mettre des bâtons dans les roues et mettre l’accent sur ce qui est important. Comme je l’ai dit, il ne faut pas que le mieux soit l’ennemi du bien.

Michelle Beyo :
Oui, bon point. Il ne nous reste que quelques minutes. J’aimerais beaucoup que chacun d’entre vous présente à l’auditoire un aspect sous-estimé en matière de finances agentives. Mike, vous avez 30 secondes.

Mike Ward :
Oh mon Dieu. J’ai l’impression que vous avez posé toutes les questions différemment de ce que nous avions prévu.

Michelle Beyo :
Vous êtes tous prêts. D’accord. Je vous connais tous trop bien.

Mike Ward :
Tout à l’heure, vous parliez de gestion des finances. C’est peut-être futé, peut-être idiot, mais j’ai demandé à mon agent IA de préparer ma déclaration de revenus pour mon comptable cette année. Le processus s’est fait en un dimanche soir. D’habitude, cette tâche m’aurait pris une semaine. Il faut trouver une panoplie de documents et les rassembler. C’était fantastique. Environ 95 pour cent du travail était correct. Je pense donc que ce qui fait sa force, c’est la rapidité avec laquelle on peut commencer à l’utiliser. Oui, la confiance joue un rôle important, mais la technologie est là. Il reste à savoir dans quelle ampleur elle sera adoptée rapidement. Je suis vraiment enthousiaste à ce sujet.

Michelle Beyo :
J’aime cette opinion tranchée. Oui. Dave.

 

David Tax :
Je pense qu’à court terme, on surestime peut-être le nombre de cas d’utilisation nécessaires. Je pense que le potentiel est bien là, mais, disons à environ 95 pour cent. On exagère peut-être un peu à court terme. C’est de l’innovation classique. Une fois que nous aurons résolu ces enjeux clés, nous n’aurons pas besoin de tout régler dans les moindres détails, à mon avis. Cependant, lorsque ces quelques éléments fondamentaux seront mis en place, il est fort possible que nous sous-estimions la rapidité avec laquelle l’écosystème pourra croître. Je ne parle pas seulement de l’adoption et des transactions, mais aussi de l’étendue des cas d’utilisation et des problèmes à résoudre.

Michelle Beyo :
Oui. Entièrement d’accord. Aviva?

Aviva Klein :
Nous avions prévu cette question. Quand j’y ai repensé, j’ai considéré la question du point de vue des banques canadiennes. Vous avez parlé des enchevêtrements complexes. Il y a beaucoup d’enchevêtrements, dont une grande partie provient d’anciens systèmes. Dans ce contexte, comment les banques vont-elles s’y prendre pour intégrer cette technologie de pointe à ces matériels et infrastructures de l’ancienne génération? À mon avis, il y a un problème d’incompatibilité et ce sera un travail considérable. Je pense aussi que l’architecture des données, autrement dit les données des banques, n’est pas nécessairement bien structurée. Les données ne sont pas toutes stockées dans le nuage. Ces points seront importants pour assurer un fonctionnement adéquat. J’y vais donc avec les anciennes infrastructures pour mon aspect sous-estimé.

Michelle Beyo :
Oui. Sous-estimé. Nate.

Nate Soffio :
Je pense que ma conclusion va paraître bizarre. L’IA, c’est la partie facile. Comme Mike vient de le dire, la technologie est capable de réaliser des opérations complexes avec une précision remarquable. Bon, il faut mettre de côté l’exemple des caisses de jus pressé à froid. Selon moi, ce que nous sous-estimons grandement, comme l’a dit Aviva, c’est que nous ne sommes pas prêts à gérer le volume et la vitesse avec lesquels la situation peut dégénérer. Nous sous-estimons donc le nombre de mesures de contrôle que nous devons mettre en place.

Michelle Beyo :
Le fait que vous ayez commencé par les groupes de travail de Fido et que vous terminiez terminé en évoquant les défis complexes qui nous attendent me plaît beaucoup. Nous devons donc tous nous réunir et discuter davantage afin que tout se passe pour le mieux. Merci beaucoup à mes panélistes. Si vous voulez en savoir plus sur l’avenir de la finance, j’ai écrit un livre qui paraîtra le 22 septembre prochain à ce sujet. Le livre présente les neuf éléments qui définiront l’avenir de la finance, ainsi que les innovations en matière d’IA agentique et de paiement. Le sujet d’aujourd’hui fait partie de ces éléments. Merci à Mike, à David, à Aviva et à Nate. Applaudissons-les chaleureusement. Oui. C’est amusant.

Elizabeth (Liz) Dempsey :
Voilà qui conclut cet épisode de la série estivale du SOMMET! 

Nous tenons à remercier les participants à notre table ronde, Aviva Klein, Nate Soffio, David Tax et Mike Ward, ainsi que notre modératrice, Michelle Beyo. Merci d’avoir pris le temps de nous faire part de vos réflexions.

Nous passons progressivement de l’ère des robots de recherche et de découverte à celle des systèmes autonomes de finances par IA agentique capables d’exécuter des transactions en notre nom. La capacité technique de construire ces systèmes existe déjà. La collaboration sera essentielle pour mettre en place le cadre qui les régira.

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Nous mettrons à votre disposition d’autres conversations à mesure que nous continuons de présenter les faits saillants du SOMMET 2026.

Je suis votre animatrice, Liz Dempsey. Merci d’avoir écouté The PayPod.

Ne manquez pas notre prochain épisode. 

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